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Vacances chez les Éclaireurs, à suivre !

Intégration réussie et vacances aussi...

Depuis plus de 100 ans, les Éclaireurs et Éclaireuses de France accueillent principalement des jeunes en situation de handicap mental au sein de leur mouvement de scoutisme. Nicolas Facino, délégué régional en Provence, nous éclaire sur la manière dont sont organisés ces séjours et nous aide à comprendre comment se fait l’intégration des jeunes au sein des différents camps.

Vacances chez les Éclaireurs, à suivre !

Handimarseille : Est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Nicolas Facino : Je m’appelle Nicolas Facino, je suis salarié au poste de délégué régional pour les Éclaireuses et Éclaireurs de France sur la région Provence.

H : Qu’est-ce que les Éclaireuses et Éclaireurs de France ?

N.F : C’est un mouvement de scoutisme « mais » laïque. Je dis « mais » parce qu’on sait peu que le scoutisme peut refléter une dimension laïque et c’est le cas pour les Éclaireuses et Éclaireurs de France qui viennent de fêter leur centenaire, l’année dernière donc ça ne date pas d’hier. Le but est d’animer des sociétés de jeunes autour des valeurs qui fondent le projet éducatif de la structure.

H : Quelles sont-elles ?

N.F : Alors les valeurs principales, il y en a cinq. Ce sont la laïcité, l’éco-citoyenneté, traditionnellement les activités se font à l’extérieur, en pleine nature, donc on sensibilise à l’environnement, la co-éducation, puisque chacun peut apprendre de l’autre, il y a un lien intergénérationnel qui se forme, la démocratie, c’est une façon de faire rentrer les jeunes dans des processus démocratiques, la démocratie ce n’est pas une fois tous les 5 ans, elle se vit au jour le jour, le jeune doit pouvoir être acteur de ses projets et s’y impliquer. Et puis il y a la solidarité, c’est-à-dire l’accueil des enfants, des jeunes, des jeunes adultes en situation de handicap. On utilise les méthodes éducatives par l’action.

H : C’est-à-dire ?

N.F : Moi je suis enseignant. La différence, c’est que l’école, dans un processus d’apprentissage, va institutionnaliser une règle de grammaire, de conjugaison, de math. Tandis que là les méthodes actives vont laisser plus de place à l’enfant, lui permettre d’être acteur, de vivre et d’expérimenter ses apprentissages sans forcément poser des mots dessus mais en évaluant ses effets. Les jeunes qui voyaient quelqu’un arriver en chaise roulante pouvaient mettre en place un tutorat pour l’aider. Ça c’est un peu formalisé cette année, parce que c’est une des actions des Éclaireurs sur l’Unité défi.

H : En quoi consiste ces « Unités défi » ?

N.F : Ce sont des dispositifs qui ont été mis en place depuis des années dans l’association, qui est nationale, il y a des délégations régionales mais ce n’est pas constitué en fédération, ce qui nous permet d’avoir une mise en réseau de tout ce qui se fait dans l’association.
Ces Unités défi permettaient aux jeunes en situation de handicap de partir en vacances, d’intégrer des camps de pleine nature et ça se traduit par une motivation du groupe qui va accueillir l’enfant ou un groupe d’enfants. Ce n’est pas se substituer aux professionnels, mais travailler en partenariat avec eux, donc une fois que le groupe manifeste l’envie, c’est le cas d’un des groupes de Marseille. Et de demander l’aide de salariés de la Région pour se mettre en contact avec des structures spécifiques, ça s’est fait avec le Centre Font-Vert, et l’association confie aussi à des jeunes qui sont volontaires en service civique, une mission d’accompagner ce projet-là .

H : Quels types de handicap ont les jeunes que vous accueillez ?

N.F : Ce sont souvent des handicaps mentaux avec une très bonne, bonne ou moyenne autonomie, les handicaps moteurs sont plus pris en charge sur les centres des services vacances, qui sont des centres spécifiques. Il y en a 4 ou 5 dans toute la France. Ces services vacances sont répartis dans un peu toutes les régions et, chose importante, ils dispensent des formations spécifiques, l’AVLA (Animateur vacances et loisirs adaptés).

H : Quel type de séjours, d’activités proposez-vous à ces jeunes ?

N.F : Les activités sont assez différenciées pour éviter de mettre l’enfant en échec ou sur la durée aussi, parfois un camp qui dure 3 semaines, on va faire en sorte que l’accueil se fasse sur une semaine ou 10 jours pour commencer, il y a vraiment une progression qui prend en compte le rythme de l’enfant. Ça se présente plus sur la tranche Éclaireur qui est de 11 à 14 ans, parce qu’avant 11 ans, l’intégration se fait assez facilement. Les enfants perçoivent la différence, mais une fois que c’est débattue, ça ne pose pas de problème particulier. Il y a aussi le centre aéré dont nous avons pris la gestion qui se trouve près de Coutheron, qui lui aussi, propose un accueil spécifique pour un jeune autiste et un autre jeune qui est en situation de handicap et qui mobilise une animatrice à temps complet, un peu comme les AVS dans les écoles. On espère que ça va « essaimer » sur le territoire, sur la Région.

H : Comment expliquez-vous que l’intégration se fasse plus facilement dans la tranche d’âge 6 - 11 ans ?

N.F : Ça s’explique par rapport à la psychologie de l’enfant. On dit que les enfants sont cruels mais c’est parce qu’ils sont spontanés. Mais quand vient l’adolescence, il y a d’autres comportements qui se forment chez eux, il y a des cas d’isolement notamment, et nous ce que l’on essaie de faire, c’est de les fédérer autour d’une action, d’un projet.

H : Comment se passe la cohabitation entre les jeunes valides et les jeunes en situation de handicap et la mixité garçons/filles ?

N.F : Ceux qui sont valides, sont déjà habitués à vivre en collectivité, alors ça se traduit par plusieurs actions, parce que sur les camps, il n’y a pas de femmes de ménage, il n’y a pas de cuisinier, sur les week-ends non plus. Ce sont des groupes qui organisent un week-end par mois des activités et l’été, trois semaines de camp, ils partent découvrir une région. Le fait qu’il n’y ait pas de personnel à disposition, ça les oblige à faire. Donc ils préparent la cuisine, ils se répartissent la mise de table, ils s’organisent par petites équipes. Cette forme de cellules va renforcer la cohésion d’un groupe et va favoriser l’intégration.

H : Quel retour vous font les jeunes après les séjours ?

N.F : La plupart du temps, les familles trouvent ça vraiment top. Ce qu’elles apprécient, c’est que ce n’est pas un accueil spécifique, que ce soit vraiment une intégration, qu’ils côtoient les autres, qu’ils co-construisent les choses. Ça a aussi un intérêt pour les enfants qui présentent un handicap mais aussi pour les valides parce que ça leur permet d’ouvrir leur esprit. On a des conceptions, des représentations, des visions du handicap qui sont parfois erronées et qui n’ont rien à voir avec la réalité ou qui font peur parfois. Donc c’est aussi un apprentissage pour les autres, pour ceux qui accueillent.

H : Y-a-t-il des problèmes qui se posent durant les séjours, de quel ordre ?

N.F : Le problème qui se pose et que l’on essaie d’éviter est celui du médical, on met en place des précautions en nommant comme référent, un animateur qui connaît parfaitement la situation du jeune qui est accueilli en situation de handicap, qui va connaître son PAI (Projet d’accueil individualisé), sa fiche sanitaire, etc., pour qu’il n’y ait qu’une seule information qui soit transmise à une seule personne pour éviter la multiplication des interlocuteurs. Ils sont à peu près comme les autres, ce sont les premiers jours qui sont un peu difficiles parce que c’est la rupture avec la famille, mais après quand les activités commencent et bien ça prend le pas sur ces premières craintes, c’est comme une colo normale.

H : Le fait de préparer les enfants à l’intégration d’un jeune en situation de handicap, est-ce que cela rend le moment plus simple ?

N.F : C’est aussi un des dispositifs que l’on met en place pour anticiper et pallier le maximum de difficultés ou de problématiques qui risquent de se rencontrer, mais cela fait partie du projet global. Le fait de sensibiliser les jeunes qui vont accueillir d’autres qui sont différents, ça fait partie d’un temps de préparation mais c’est aussi un apprentissage pour eux, ça leur permet d’entamer une réflexion sur ce thème-là , ils y en avaient qui n’avaient jamais pensé à ça, qui ne voyaient le handicap qu’à travers le Téléthon donc ça permet d’avoir une tâche aussi par l’action, par le réel, par le faire.

H : Quelles sont les démarches que doivent effectuer les jeunes en situation de handicap pour faire partie des Éclaireurs de France ?

N.F : Les familles ou les centres qui souhaitent connaître notre projet Unité-défi qui est défini sur le partenariat, peuvent appeler la délégation régionale qui orientera les demandes.

H : Combien en accueillez-vous chaque année ?

N.F. - Les services Vacances, des centaines mais réparties sur tout le territoire, et sur les Unités défi, ce sont des petites équipes de 2-3 personnes pour que l’intégration se fasse. Ce n’est pas pour le coup un accueil spécifique, pour ne pas surcharger les bénévoles et qu’on rende les choses faisables et réalistes.

H : Quels aménagements doivent être mis en œuvre pour rendre leurs vacances le plus agréable possible ?

N.F : Tout part de la préparation et de la qualité de la relation et du partenariat que l’on peut avoir avec les familles qui connaissent l’association, les limites, le projet. C’est aussi les centres spécialisés avec les éducateurs quand on a la chance de travailler avec eux qui apportent leur professionnalisme et qui se doivent aussi de connaître un peu le projet éducatif de l’association. C’est vraiment la qualité de la préparation qui va être déterminante.

H : Est-ce que ce sont les Centres spécialisés qui font la démarche auprès des parents pour que les enfants viennent aux Éclaireurs de France ?

N.F : Nous, on aimerait que ce soit dans ce sens, mais comme le projet en région commence. Il n’y a pas un circuit qui est institutionnalisé sur ça, mais on le souhaiterait, parce qu’on pense que le projet et les résultats sont là. Les familles sont satisfaites du séjour et l’objectif serait de l’essaimer et de pérenniser la démarche.

H : Est-ce que ces jeunes y viennent chaque année ?

N.F : C’est le but d’avoir une continuité éducative. Pour les valides qui commencent la plupart du temps à 6 ans et après font tout leur parcours aux Éclaireurs et Éclaireuses de France, ils ont progressivement plus de responsabilités, et pour les jeunes en situation de handicap, c’est la même chose. On accueille les jeunes handicapés jusqu’à 15, 16, 17 ans, après cela dépend du handicap pour garder une homogénéité avec le groupe et pour que l’intégration soit facilitante. Il y a un parcours sur l’engagement, qui se conjugue aussi avec les Unité-défi pour les jeunes en situation de handicap.

H : Y a-t-il un surcoût du séjour en fonction des aménagements ou encadrements spécifiques ?

N.F : Non, sur les Unité-défi, c’est la même chose, le même coût pour tout le monde. Le surcoût, il est dans le temps investi sur cette action en amont sur la préparation. Après, le jour de l’intégration, ça va demander un peu plus d’attention mais ça va faire partie de l’engagement du jeune et du groupe qui s’est impliqué dans ce projet-là .

H : Est-ce que l’EEDF bénéficie d’aides dans le cadre de l’intégration de ces jeunes ?

N.F : Oui, de la Caisse d’allocations familiales et puis du Conseil Général l’année dernière, et pour le centre aéré, peut-être la Mairie d’Aix-en-Provence, mais on attend une réponse parce que si on n’a pas de fonds de la Mairie d’Aix, comme cela mobilise deux animateurs à plein temps, ça risque de mettre en péril la continuité du projet. Donc sur ces activités-là , il y a besoin de fonds, de moyens et de soutiens.

H : C’est compliqué d’obtenir des subventions auprès de ces institutions ?

N.F : Oui c’est difficile parce que souvent, il y a une méconnaissance de l’association, donc il faut passer par un temps de préparation et ça se fait sur 2-3 ans, la 1e année, ils ne nous connaissent pas, ils nous donnent quelque chose pour voir, la 2e année, si le projet par chance est pérennisé, on a une augmentation sur l’aide attribué et puis on espère après établir des conventions d’objectifs pluriannuels pour pérenniser l’action, avoir une vue un peu plus sereine, se dire que sur 3 à 5 ans, on va avoir des subventions régulières qui vont permettre de consolider le projet.

H : Quel est le meilleur souvenir qui vous revient concernant ces voyages adaptés ?

Alexis Jean [1] : C’était il y a 2 ans, on accueillait une jeune fille qui avait beaucoup de difficultés à communiquer et en fait, on s’est rendu compte que les Louveteaux (elle avait 12 ans, donc elle restait avec des enfants qui avaient 8-10 ans) finissaient par prendre notre rôle, c’est-à-dire que par exemple, il fallait lui demander si elle voulait aller aux toilettes parce que sinon elle n’y allait pas toute seule et on s’est rendu compte que ce sont les enfants qui commençaient à le faire par eux-mêmes, qui l’aidaient le soir à se changer. On était super content de voir qu’elle s’était intégrée totalement et surtout que les enfants l’ont intégré malgré sa différence.

H : Si vous aviez un message à faire passer aux lecteurs d’Handimarseille, ce serait lequel ?

N.F : On les attend, les familles, les enfants, pour construire avec eux ce projet-là et qu’on ait un partenariat plus élargi avec eux, que l’on fasse connaissance.

H : Merci.

N.F : Merci à vous.

Propos recueillis par Yoann Mattei

Notes

[1Volontaire service civique, bénévole, responsable animation aux Éclaireurs et Éclaireuses de France.

Voir en ligne : EEDF Provence


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