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John Ford, cinéaste borgne des grands espaces et du peuple américain

Qui ne connaît le grand John Ford ? Qui ça ? Eh bien le réalisateur de La chevauchée fantastique, Le mouchard, Les raisins de la colère, La charge héroà¯que, Rio Grande, L’homme tranquille, L’homme qui tua Liberty Valence.

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John Ford

John Ford est considéré comme l’un des grands réalisateurs de la période dite classique d’Hollywood (de la fin des années 20 à la fin des années 60). Il fait partie des "borgnes d’Hollywood" avec Fritz Lang, Raoul Walsh, Nicholas Ray et André de Toth. Il fut admiré et respecté par les grands patrons d’Hollywood : il tournait vite et respectait les budgets. Il fut aussi l’un des réalisateurs qui effectuait le moins de prises par plan ce qui lui permettait de contrôler le montage puisqu’il n’existait pas de plans alternatifs. Son œuvre est surtout connue pour ses westerns mais ceux-ci ne sont pas représentatifs d’une filmographie où l’on s’aperçoit qu’il est surtout le cinéaste des gens modestes, des pionniers, des fermiers, des émigrants, des ouvriers, des indiens, des noirs. Il est aussi le cinéaste des grands espaces sauvages et grandioses. Il fut parfois considéré par certains comme un réactionnaire et un raciste, ce que dément son œuvre où figurent les premiers films qui traitent les indiens avec respect, un film contre la ségrégation raciale (Le sergent noir). N’oublions pas aussi son engagement anti-nazi, en faveur des Républicains espagnols, contre le maccarthisme et ses réserves à l’égard de la guerre du Viêt-nam.

John Ford est né en 1894 de parents irlandais. Il est le cadet d’une famille de 11 enfants. En 1914, il s’inscrit à l’université du Maine, mais ne fera que s’y inscrire puisqu’il part pour Hollywood avec son frère Frank. Une fois sur place, il devient homme à tout faire des studios Universal. Puis il interprète des petits rôles, dirige des scènes, devient assistant-réalisateur et enfin réalise son premier film, Toranado, qui sort le 3 mars 1917.

Malheureusement la plupart des films muets réalisés par Ford pour Universal sont aujourd’hui perdus. Déjà , à cette époque, on trouve dans ces films ce qui va caractériser son art ultérieurement : des personnages intégrés dans des décors naturels sublimes, des personnages féminins qui sont l’égal des hommes.

Le premier film parlant de Ford est Napoleon’s Barber. Il prend des risques, car contrairement à la plupart des films tournés à l’apparition du parlant, les prises de son sont faites en extérieur. A l’époque, les caméras qui permettent d’enregistrer le son sont très lourdes et difficiles à manipuler, ce qui entrave la liberté de mouvement des metteurs en scène. Dans la plupart des cas, les scènes avec des dialogues sont filmées comme au théâtre. En 1928, Ford est un homme "arrivé". En 1931, il fait sa première cure de désintoxication alcoolique. C’est la même année qu’il entre à la Metro-Goldwyn-Mayer, la célèbre MGM. 

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Le mouchard

1935 : Ford tourne un des ses premiers chefs-d’oeuvre, Le Mouchard avec Victor Mc Lagen dans le rôle-titre. Un film où Ford ne fait pas mystère de ses sympathies pour l’IRA qui combat contre l’envahisseur britannique. Le film est sombre, oppressant, centré sur la figure du délateur et de sa trahison. Un film qui rappelle, formellement parlant, l’expressionnisme allemand d’un Fritz Lang ou d’un Murnau. La même année Ford réalise en étroite collaboration avec son nouveau patron, Darryl F. Zanuck, admirateur d’Abraham Lincoln, Je n’ai pas tué Lincoln.

1937 : John Ford adhère au Motion Picture Comittee to Aid Republican Spain, un comité qui soutient les Républicains espagnols. Il envoie même une ambulance aux Brigades internationales. Il est aussi très actif dans la lutte contre le nazisme et prend publiquement position pour le boycott de l’Allemagne nazie en 1938. Ce qui, ironiquement, lui vaudra de vives critiques de la part des communistes qui l’accuseront de "propagande de guerre" lors de la signature du pacte germano-soviétique.

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La chevauchée fantastique (Stagecoach)

1938 est l’année du premier classique de John Ford, La chevauchée fantastique : à travers un territoire menacé par les Apaches et leur chef Geronimo, une diligence se dirige vers Landsburg. Elle a à son bord Doc Boone, médecin alcoolique et philosophe, Peacock, représentant en whisky, Dallas, prostituée chassée de la ville de Tonto par les dames patronnesses, Hatfield, joueur professionnel, Lucy Mallory, épouse enceinte d’un officier, Gatewood, banquier en fuite avec 50 000 $, Curly Wilcox, shériff et enfin Ringo Kid, le hors-la-loi,interprêté par John Wayne. C’est dans l’espace clos de la diligence qui roule dans le grandiose paysage de Monument Valley que les épreuves du voyage vont révéler la nature des personnages. Le médecin alcoolique va accoucher l’enfant de Lucy Mallory et c’est Dallas la prostituée qui s’occupe du bébé. Hartfield le joueur se sacrifie pour sauver Mrs Mallory des indiens qui attaquent la diligence. Quant à Ringo, une fois arrivé à Landsburg, il se bat en duel avec les trois frères Plummer qui on tué son père et son frère. L’évolution des personnages est l’un des points forts de ce film, le bourgeois banquier est indifférent à la vie des autres voyageurs, le joueur se sacrifie pour la jeune mère, la prostituée s’occupe de l’enfant. Si l’on suit Ford, le rôle social ne conditionne pas forcément les comportements. C’est la situation extrême qui révèle les caractères des personnages et leur vérité.

La chevauchée fantastique

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Les raisins de la colère

Après la chevauchée fantastique, Ford retrouve Zanuck et sa passion pour Lincoln. Il réalise Vers sa destinée avec Henry Fonda qui jouera également dans les deux films suivants du réalisateur : Sur la piste des Mohawks et adapté de John Steinbeck, Les Raisins de la colère, un film pour lequel Ford obtient l’oscar du meilleur réalisateur en 1942. Ce film allie un engagement social affirmé à une parabole biblique sur le thème de la Terre Promise. A Peter Bogdanovitch qui lui demandait, en 1966, ce qui l’avait attiré dans Les raisins de la colère, Ford répondait : "Je l’ai aimé, c’est tout. J’avais lu le livre - c’était une bonne histoire - et Darryl Zanuck en possédait un bon scénario. L’ensemble m’attirait - il s’agissait de gens simples - et l’histoire rassemblait à ce qui s’était passé en Irlande, lorsque l’on a chassé les gens de leurs terres et qu’on les a laissé errer sur les routes jusqu’à ce qu’ils meurent. J’aimais l’idée de cette famille partant et tentant de trouver son chemin dans le monde".

Bande annonce des Raisins de la colère

Le dernier film de Ford avant la seconde guerre mondiale, Qu’elle était verte ma vallée est un immense succès public et critique. Dès 1939, Ford sent que l’Amérique va être entraînée dans le conflit. Il est à la tête d’un groupe de cinéastes qui réclament le boycott de l’Allemagne nazie et il fonde la Naval Field Photographic Unit dans le but de mettre les talents d’Hollywood au service de l’armée. Pendant la guerre, Ford parcourt les théâtres d’opérations avec son unité. Il réalise notamment un documentaire sur l’attaque de Pearl Harbor et un autre sur la bataille de Midway, et un film sur le débarquement en Normandie. Il participe également à la préparation du procès de Nuremberg pour lequel il rassemble les documents filmés pour l’accusation. Curieusement, le seul film de Ford ayant pour sujet la seconde guerre mondiale à laquelle il a activement participé sera Les Sacrifiés avec John Wayne.

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My darling Clementine, Victor Mature/Doc Hollyday

En 1946, Ford livre sa version du règlement de comptes à OK. Corral, La poursuite infernale (My Darling Clementine), un film dans lequel il retrouve Henry Fonda. Un film où le passé et la modernité s’affrontent. Le passé est incarné par le clan des Clanton, des éleveurs de bétail qui ne connaissent que la violence et le futur, par Wyatt Earp et Doc Holliday, deux pistoleros qui se situent du bon coté de la loi. Dans la réalité, Earp comme Holliday n’étaient certainement pas les héros positifs que Ford a montré mais qu’importe, le film est le portait fidèle d’une Amérique en mutation vers la civilisation.

Vient ensuite ce que l’on a nommé le Cycle de la cavalerie qui permet à Ford de renouer avec le succès populaire. C’est aussi le passage de témoin entre Fonda et Wayne. En deux ans le cinéaste tourne successivement Le fils du désert, La charge héroà¯que, Le convoi des braves, Rio Grande. Pendant la période du maccarthisme, Ford dénonce des "méthodes dignes de la Gestapo" et s’oppose violemment à Cecil B. DeMille qui souhaite que les membres de la Screen Directors Guild signent un serment de loyauté envers les USA. En 1950, Ford part en Corée et tourne pour la Navy un documentaire d’un ton désabusé qui ne met pas en valeur le patriotisme. C’est en Corée qu’il perd un œil, ce qui lui vaut de faire partie des célèbres "borgnes d’Hollywood". Puis il part en Irlande pour tourner L’homme tranquille qui restera un de ses plus grands succès, sanctionné par un Oscar en 1952.

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L’homme qui tua Liberty Valence

En 1952, il tourne Moganbo en Afrique avec Ava Gardner, Clark Gable et Grace Kelly. Malgré ce trio de rêve, ce n’est pas son meilleur film. Les années 50 de Ford seront marquées par ses problèmes avec l’alcool mais aussi par le magnifique La prisonnière du désert. Au début des années 60, il réalise Le Sergent Noir, un western dont un noir est le héros. Son dernier film majeur sort sur les écrans en 1962 : L’homme qui tua Liberty Valence avec James Stewart, John Wayne et Lee Marvin. Dans ce film, Ford montre comment se fabrique l’idéologie, la légende. La mort de Liberty Valence est le crime fondateur du nouvel ordre de la civilisation, du passage d’un monde où seule la force compte à un monde où la loi régule les comportements. Mais Ford ne condamne pas la légende, ce n’est pas l’avocat devenu gouverneur puis sénateur, Ransom Stoddard, qui a tué le truand Liberty Valence mais le cow-boy Tom Doniphon. Il se contente d’élargir le champ. La première version du duel Valence/Stoddard dans le film montre ce dernier qui tire sur Valence et le tue. La seconde version, réelle, la complète en montrant Doniphon qui tire sur Valence en même temps que Stoddard.

Bande-annonce de L’homme qui tua Liberty Valence.

Ford meurt le 31 aoà »t 1973 après une carrière bien remplie : 126 films, quatre oscars et quelques chefs-d’oeuvre. Terminons avec une anecdote savoureuse : à un étudiant qui après un long préambule lui demande "Comment avez-vous tourné cette scène, Mr Ford ?", Ford répond : "Avec une caméra ".

 

Jacques Becker


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