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Un cinéma décalé, vers de nouveaux horizons

Rencontre avec le réalisateur et l’acteur de T’es trop nase

T’es trop nase est un huis clos entre deux amis, l’un handicapé, l’autre valide, qui tourne à l’affrontement. Ce court-métrage, présenté pour la première fois au Festival Horizons Décalés en 2012, puis dans de nombreux autres festivals a reçu un très bon accueil.
Handimarseille s’est rendu à Verquières pour interviewer Patrick Coindre le scénariste et réalisateur ainsi qu’Alain Comoli un des deux acteurs de ce film (avec Patrice Ajouc) et président de l’association HandiVers Horizons. Artistes militants, ils œuvrent tous deux pour faire évoluer les mentalités et préparent d’ores et déjà la 4e édition du festival qui aura lieu du 18 mai au 9 juin, avec toute une série de nouveaux films à découvrir et soutenir !

3. Un cinéma décalé, vers de nouveaux horizons

Handimarseille : Pouvez-vous vous présenter ?

Patrick Coindre : Je travaille dans la communication, surtout au service d’entreprises. J’ai toujours eu la passion d’écrire, des pièces de théâtre, des petits bouquins, et là ce court-métrage de fiction. J’ai plein d’autres projets en cours, il faut trouver les financements pour aboutir.

Alain Comoli : Je joue dans ce court-métrage que Patrick a réalisé et je suis président de l’association HandiVers Horizons, nous organisons des voyages ainsi que le Festival Horizons Décalés de Verquières.

C’est un festival très diversifié qui promeut les artistes-créateurs « autrement valides » et les œuvres ayant un regard sur le handicap.
Dans la 4e édition, il y aura 7 films qui seront projetés les samedi 8 et dimanche 9 juin. Mon amoureux de Daniel Metge. Nos plusieurs de Fred Soupa, un documentaire qui traite de théâtre et de handicap mental. Il y a Eugénie Bourdeau qui en présente deux cette année : Un simple pas un court-métrage sur le suicide, et Sa Normalité un documentaire sur le travail de sa fille Lucille Notin qui fait des dessins et qui exposera.

P.C : C’est très varié, il y a Je viens de loin de Marion Casabianca. Ce sont deux amies, l’une réalisatrice, l’autre actrice et scénariste trisomique, elles ne se sont pas quittées depuis l’enfance. La personne trisomique a écrit le texte qu’elle dit, ça donne un petit bijou de 5 minutes.
J’ai ramené aussi dans mes bagages du Maroc, Courte Vie d’Adil Fadili, c’est un film militant très beau et très violent. Il expose les problèmes du handicap au travers d’une société marocaine avec tous ces interdits et la montée des intégrismes, c’est un film esthétiquement superbe.

H : Votre film T’es trop nase a été projeté lors de la précédente édition, pouvez-vous nous raconter l’histoire de ce court-métrage ?

P.C : J’avais envie de montrer le handicap sous un œil un peu différent. J’avais participé à un documentaire, réalisé par mon épouse, qui a suivi pendant un an des troupes d’acteurs handicapés mentaux.
J’avais vu comment ce travail-là a modifié le regard des familles, du public, et aussi le regard des personnes handicapées sur elles-mêmes. J’ai alors eu envie de parler du handicap, sans jouer sur le côté empathie, en étant le plus près possible de la vérité. Je pense que les plus belles fictions sont celles qui disent la vérité.

J’ai donc imaginé un dialogue entre une personne en fauteuil et une personne valide. Cette dernière avait tout pour réussir : réussite sociale, puissance physique, reconnaissance, etc. La personne handicapée va découvrir sa faiblesse. L’autre ne supporte pas d’être mis à nu, sous l’apparence il y a une personne très fragile. La personne handicapée va se révéler beaucoup plus forte.

Je voulais aussi une musique qui soit très présente. On a eu une technique de tournage qui n’est peut-être pas commune, on est allé dans un théâtre et on a tourné en quelques prises. Les musiciens ont joué dans les mêmes conditions que les acteurs, en direct, ça a amené une émotion et une fragilité particulière.
J’ai demandé à Lucas Laget qui est un jeune compositeur talentueux d’écrire le slam de la fin. Il a joué le jeu avec ses copains, ils sont venus sur scène, ça a été un moment magique pour nous.

Motstus & Co, productrice de ce court-métrage, et une association ouverte à tous pour faire du théâtre. On produit des spectacles un peu partout, on va partir en Russie, on est allé au Maroc. On travaille toujours sur des sujets sensibles. On multiplie des expériences sociales à travers le théâtre. Ce ne sont pas des cas sociaux qui font du théâtre, ce sont des acteurs, et les notions de travail et de plaisir dominent.

À travers le théâtre j’ai découvert un monde qui m’a beaucoup touché et j’avais envie de continuer dans cette voie-là.

H : Qu’avez-vous voulu défendre ?

P.C : Montrer qu’avant tout il y a des hommes, et ils réagissent comme des hommes, quelles que soient leurs différences. Il faut tomber les masques. Ce sont des choses simples qui pour moi sont évidentes, mais ne le sont pas pour tout le monde. C’est du cinéma militant au deuxième degré, par petites touches, je pense.

Ce qui m’énervait aussi à chaque fois que j’allais voir un film concernant le handicap, Hasta La Vista y compris, c’est que les personnes handicapées sont jouées par des personnes valides, systématiquement. Je trouve ça vraiment dommage. Des talents il y en a autant chez les personnes qui ont un handicap que chez les personnes valides. Que les personnes valides soient meilleures si c’est un point de vue il est inacceptable parce que c’est complètement faux. Mon expérience dans le théâtre me l’a prouvée plusieurs fois, c’est une évidence.

Alain Comoli : On avait posé la question à Geoffrey Enthoven [1]. Au départ c’était un peu son souci, il voulait justement prendre des acteurs handicapés dans son film, finalement il n’en a pas trouvé de très bons. Et puis c’était plus facile techniquement d’avoir affaire à des acteurs qui puissent marcher. Je pense que c’est essentiellement ça, et c’est un peu dommage.

H : Pourquoi avez-vous choisi ce format ?

P.C : J’avais envie d’essayer ce médium nouveau pour moi.
En ce qui concerne le noir et blanc, j’adore le grain et ce qu’on arrive à obtenir avec des lumières. Et puis dans ce film il y a quand même une intensité dramatique, cette rencontre c’est comme une déchirure, je trouvais que ça s’exprimait mieux en noir et blanc et avec une caméra plutôt fixe, sauf l’envolée à la fin où on fait respirer le spectateur avec le slam, ça sort de cette chape de plomb.

H : Comment avez-vous vécu cette expérience en tant qu’acteur ?

A.C : Vraiment très bien. J’aime diversifier mes expériences, ça m’a plu et ça m’a intéressé dès le départ parce que je n’avais jamais fait ça, à part quand j’étais gamin à l’école. J’ai accepté aussi parce que dans les dialogues écrits par Patrick, il y a des phrases comme : « t’es même pas foutu de changer une ampoule », ça je l’ai déjà entendu... Le problème avec mon handicap par rapport à ça c’est que je n’ai pas trop de mémoire, ça a été assez difficile pour moi, mais j’ai aimé ça, je n’ai pas été intimidé par la caméra, c’est bien sorti, j’ai pris du plaisir et je suis prêt à récidiver.

H : Pensez-vous que le cinéma est pertinent pour modifier le regard des gens sur le handicap ?

P.C : J’en suis persuadé, mais pas que le cinéma, tous les arts en général. Je pense que tout ce que l’on peut faire ajoute une petite pierre à l’édifice. En même temps que l’on façonne cet édifice d’ouverture sur l’autre, on fissure peu à peu le mur de l’intolérance qui finira bien par tomber un jour ou l’autre.

H : Quels retours avez-vous eu sur ce court-métrage ?

P.C : Le film a été diffusé dans plusieurs festivals. Il va l’être au prochain Handica Apicil de Lyon, il a été sélectionné au Festival Entr’2 Marches de Cannes, il a fait l’ouverture et la clôture du Festival Handifilm de Rabat. On l’avait projeté à Apt aussi avec un débat très intéressant, Alain est venu y participer.

Cette année le Festival Handifilm de Rabat a demandé à des lycéens de produire des petits films de sensibilisations sur le handicap, ils vont les projeter et on va en débattre. J’avais soumis cette idée quand je les avais rencontrés.
Le but c’est de préparer la société de demain du Maroc, c’est une société très jeune mais avec une emprise de la religion très lourde, et comme il n’y a pas de prestations sociales, le handicap c’est souvent le ghetto ou la rue.
Ils m’ont demandé d’être le président de ce jury et de faire des ateliers d’écriture.

À Rabat il y a eu un très bon accueil. Le théâtre était ouvert aux personnes handicapées, avec entrée gratuite, ça me plaisait qu’il y ait un maximum de gens qui puissent le voir, et il a été sous-titré en arabe.
Il y a eu non seulement une ovation du film mais en plus des questions ont fusé de partout, très pertinentes, ça a été là mon plus grand moment de plaisir. Si on me pose toutes ces questions c’est que le film a atteint son but. Et en plus loin de nos frontières, ça veut dire que le sujet est universel.

H : Quels films vous ont marqués sur la thématique du handicap ?

A.C : Je pense à Freaks de Tod Browning, c’est peut-être un des premiers qui a changé le regard qu’on pouvait avoir dans les œuvres cinématographiques. Avant les personnes handicapées étaient des bossus plutôt méchants, là c’est un peu plus décalé.

Il y a The Sessions en ce moment. J’ai l’impression que ça bouge un petit peu, depuis deux ou trois ans, surtout dans un domaine qui nous intéresse beaucoup à Handivers Horizons, la sexualité. L’année dernière on a fait notre débat sur ce thème. Il y avait Françoise Vatré qui est à l’origine des premières formations d’assistance sexuelle en suisse. La sexualité est un carrefour entre la culture, les voyages et les loisirs et c’est tout à fait l’objet de notre association.
On déborde un petit peu du sujet mais c’est un vrai combat l’assistance sexuelle, c’est un service qui doit être rapidement mis en place quand on connaît la souffrance de certaines personnes handicapées qui n’ont pas accès à cette dimension. Tout le monde est pratiquement d’accord, les grandes associations sont pratiquement unanimes. On va y arriver, je pense.

P.C : On ne savait pas très bien comment le public allait aborder les films projetés sur ce sujet. En fait ça a ouvert les yeux à certains, rassuré d’autres et interrogé les troisièmes. C’est un vrai travail militant.

A.C : Oui ça fait partie de nos objectifs, faire bouger les mentalités à travers la culture.

Post-scriptum

4e Festival Horizons Décalés

du 18 mai au 9 juin 2013 à Verquières (13670)

Notes

[1] le réalisateur de Hasta La Vista, voir l’interview par l’équipe d’HandiVers Horizons.

Voir en ligne : T’es trop nase, sur le site du Festival Handica Apicil


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