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ZimZam, ou quand le cirque devient accessible

Rendre le spectacle vivant accessible à tous, et tout particulièrement aux personnes en situation de handicap, c’est le pari exaltant que tient le cirque ZimZam depuis près de 6 ans. À travers l’humour et les prouesses techniques, les acteurs de la compagnie offrent un divertissement de qualité et dédramatisent la situation de handicap. Au programme, de belles rencontres artistiques et humaines sous le chapiteau. Entretien avec Antoine Cézard, qui, en véritable monsieur Loyal, nous vante les mérites du Fadoli’s Circus, un festival riche de ses diversités.

2. ZimZam, ou quand le cirque devient accessible

Handimarseille : Est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Antoine Cézard : Je m’appelle Antoine Cézard. Je suis administrateur de l’association ZimZam.

H : Qu’est-ce que ZimZam Circus ?

A.C : ZimZam, c’est une association qui est née en 2005, à l’initiative de deux personnes, Manuel Cerruti et Marc Guyot, qui étaient respectivement éducateur de jeunes enfants et professeur de sports adaptés, qui travaillaient avec un public en situation de handicap mental et qui avaient une pratique du cirque en amateur et en semi-professionnel. Ils ont eu envie de développer des activités de cirque en dehors des institutions avec lesquelles ils pouvaient travailler. Et puis petit à petit, les ateliers se sont développés à d’autres publics, public en situation de handicap physique, de problèmes sociaux, et de handicaps sensoriels. Ils ont eu ensuite envie de développer des stages sur des temps un peu plus longs.

Le but de l’association, aujourd’hui, c’est de faire pratiquer le cirque à des personnes qui n’ont pas forcément l’habitude, ou pour qui l’accès au cirque n’est pas évident, à savoir spécifiquement les personnes en situation de handicap. C’est la pratique, mais aussi la production et la diffusion.

H : Qu’est-ce qui vous plaît dans cette aventure ?

A.C : C’est avant tout le contact humain, le fait de proposer une activité artistique pour tous, de la rendre accessible, de développer la créativité des personnes en situation de handicap. C’est ça qui est plaisant. On n’est pas sur une activité de loisirs comme les autres, on est sur une activité où on essaye de développer une création artistique. Ce qu’on fait n’a pas vocation à être thérapeutique, si ça l’est tant mieux. Les éducateurs ou les accompagnants des groupes, eux peuvent y mettre une sorte de thérapie derrière.

H : Pouvez-vous nous expliquer les différents ateliers qui sont mis en place dans votre structure ?

A.C : On a des ateliers de pratique pour personnes en situation de handicap. On travaille avec 28 établissements en tout, sur Marseille et les Alpes-de-Haute-Provence. Sur Marseille, on a à peu près une vingtaine d’établissements qui viennent pendant la semaine faire les activités dans notre local. On les fait toutes se déplacer puisqu’on a du matériel, et puis le fait d’avoir un lieu dédié au cirque, c’est important pour eux. Après les ateliers, ça dépend des publics ou de ce que recherchent les encadrants. On propose de l’acrobatie, du jonglage, des équilibres sur objets, des portées acrobatiques... Tout un panel de choses différentes qui peuvent s’adapter à chacun, c’est-à-dire, selon les capacités spécifiques, selon les capacités d’attention, selon ce qu’ils ont envie de faire. L’activité par contre, ce qu’on aime bien, c’est qu’elle s’inscrive sur la durée donc ce sont des activités qui sont au moins sur une année, à raison d’une heure par semaine ou une heure toutes les deux semaines. Sur Forcalquier, Marco [Marc Guyot] se déplace avec le camion dans les établissements. On n’a pas de lieu là-bas.

H : En dehors des ateliers, vos créations artistiques intègrent également des personnes handicapées ?

A.C : Dans The Rocket family Show, qui a été créé il y a deux ans, se mêlent les deux intervenants cirques, Isabelle Falcomata et Marc Guyot, avec quatre personnes. On a Monsieur Loyal, qui est joué par Luc Rodriguez et qui est infirme moteur cérébral, on a deux jeunes atteints de trisomie, Pierre-Laurent Isoardi et Kostia Botkine, et enfin, on a un jeune des quartiers Nord, qui était dans un Institut thérapeutique d’éducation propriétaire, Éli Darrouache. L’esprit, c’est le cirque des années 20 aux États-Unis. C’est très forain. C’est beaucoup de dérision par rapport au handicap, beaucoup d’humour, pas mal d’acrobaties et de techniques. Ce spectacle a vocation à être semi-professionnel, on le diffuse le plus largement possible dans des lieux de diffusion de plus en plus classiques. On l’a joué à l’École de cirque de Nîmes, au Festival Paroles de galère, dans plein de petits festivals qui n’ont rien à voir avec le handicap.

H : Le fait qu’il y ait une collaboration entre personnes handicapées et personnes valides, est-ce que justement c’est important ?

A.C : Pour l’instant, on a eu du mal à fédérer un petit groupe de personnes valides pour pouvoir intégrer à ce petit groupe des personnes en situation de handicap. C’est toujours assez difficile finalement de créer la mixité si les groupes ne sont pas déjà constitués. Ça demande une organisation énorme. Constituer un groupe de personnes handicapées assez homogène sans passer par les institutions c’est très difficile. L’homogénéité d’un groupe, c’est important, surtout au cirque, mais ça reste l’objectif.

H : Ça doit être incroyable de les voir se surpasser comme ça ?

A.C : Pour les spectacles de The Rocket family Show, c’était un vrai travail de création, il y a eu l’idée vraiment de développer quelque chose ; après, pour tous nos petits spectacles de fin d’année, c’est clair qu’il y a des moments où la scène a fait qu’ils se surpassent. Je prends l’exemple d’un groupe de l’IME La Marsiale, il y avait un jeune autiste qui n’était jamais monté sur le fil de toute sa vie, et qui pendant le spectacle, a voulu monter sur le fil et il l’a fait. C’est pour ça qu’on essaye de diffuser de plus en plus des spectacles, c’est parce qu’on se rend compte que pour les personnes en situation de handicap, c’est un moyen de s’exprimer qui est intéressant. En plus, ils ont l’occasion de se mettre en avant, de montrer ce qu’ils savent faire, de montrer qu’il y a un vrai travail derrière et qu’ils peuvent faire des choses pas forcément comme les autres, mais comme ils le font eux, c’est la différence. Du coup, la scène, c’est un peu un exutoire pour certains.
On crée les conditions pour que techniquement et mentalement, ils aient envie de montrer de ça. On est souvent très fier de tout ce qui peut sortir de tout ça.

H : Avez-vous une création en projet ?

A.C : Oui, on a un deuxième spectacle qui est en cours de réalisation, qui est un duo entre notre monsieur Loyal et un clown professionnel de Marseille. Ce sera un genre de conférence/spectacle autour de la différence en général.

H : ZimZam organise le Fadoli’s Circus, pouvez-vous nous en parler ?

A.C : C’est un festival que l’on organise chaque année depuis 2009. L’édition 2011 s’est très bien passée. On a pu dénombrer pratiquement 2500 personnes sur toute la journée sur le site du parc du Palais Longchamp. D’un point de vue qualitatif, ça a été aussi très bien perçu par le public. On a eu de très bons retours, puisque l’idée c’était de mélanger des compagnies, des artistes valides et des artistes dits « en situation de handicap » tout en ayant une communication, sur l’affiche ou sur les flyers, qui ne mettaient pas trop en avant le handicap. On ne voulait pas stigmatiser et faire de ce festival, un « festival handicap » comme il en existe de partout. Ce n’est pas que l’on n’aime pas ce genre d’initiative, c’est juste que nous, on a pris le parti de dire aux gens « venez voir un Festival de cirque avant tout, et venez voir des productions artistiques qui ont une qualité telle que finalement le handicap, ce n’est pas qu’on ne le verra plus », et on est très fier de cela.

H : Quels retours avez-vous eu justement auprès de ces personnes qui sont venues et qui ne connaissaient pas forcément ce festival ?

A.C : La qualité artistique du spectacle prend le pas, et les retours qu’on en a, ce n’est jamais négatif. Par contre, on a eu des questionnements, des personnes qui se disaient : « c’est super cette initiative, je ne connaissais pas ! Qui sont ces personnes handicapées ? Depuis quand elles travaillent là-dessus ? ». Nous avons aussi beaucoup d’encouragements pour qu’on continue et qu’on mette plus en avant les travaux artistiques qui sont faits avec les personnes handicapées.

H : Et vous personnellement qu’est-ce qui vous a le plus marqué de ces 3 éditions de Fadoli’s Circus ?

A.C : Cette année, ce qui m’a marqué, c’est le nombre de personnes, c’est totalement ahurissant. « The Rocket family Show », notre spectacle de l’association, on l’a joué pratiquement devant 600 personnes, tous assis par terre. Et puis ce qui marque, c’est le regard des gens quand ils voient quelqu’un arriver comme ça sur scène, ils ne savent pas ce qui va leur arriver, c’est génial, c’est créer la surprise, et arriver à voir un changement de regard par rapport au handicap.

H : Quel message aimeriez-vous faire passer aux lecteurs d’Handimarseille ?

A.C : S’il y a un message à faire passer, c’est de ne pas hésiter à mettre en avant sa différence au travers de spectacles, au travers du cirque... Et la différence que ces personnes handicapées apportent, elle est souvent beaucoup plus intéressante que n’importe quel artiste qui va essayer d’être différent des autres. Les personnes en situation de handicap ont un tel vécu et sont dans de telles situations, qu’elles ont un message à faire passer, elles ont une envie qui est vraiment intéressante et qu’il faut exploiter artistiquement.

Propos recueillis par Yoann Mattei

Post-scriptum

Association ZIMZAM CIRCUS

9, rue Vian

13006 Marseille

04 13 59 06 35

zimzam.association@gmail.com

Voir en ligne : ZimZam Circus


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