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Handi-TV... La télé qui fait bouger les mentalités !

Depuis 2008, les personnes en situation de handicap ont enfin leur télé. C’est Handi-TV. Cette chaîne, qui a germé dans l’esprit de Stéphane Thau, se veut un lieu d’échanges, de partage, de réflexion. Son leitmotiv, montrer les initiatives que les personnes handicapées réalisent entre elles, et avec les valides. Et quoi de mieux qu’Internet pour se faire connaître ! Alors, à vos écrans !

1. Handi-TV... La télé qui fait bouger les mentalités !

Handimarseille : Pouvez-vous nous décrire votre parcours ?

Stéphane Thau : Je suis ingénieur en mécatronique. J’ai fait l’Institut national des sciences appliquées à Strasbourg. J’ai intégré cette formation suite à un concours des Arts et Métiers. C’est une branche technologique dans la filière ingénieur. Ensuite j’ai fait un DESS à l’Institut de l’administration des entreprises d’Aix-en-Provence, une formation plutôt management. J’ai donc une formation double à la fois technique, en tant qu’ingénieur, et aussi en management et gestion d’entreprise... J’ai ensuite travaillé dans le consulting dans un cabinet de conseil et d’audit, anglo-saxon, durant plusieurs années. Et suite à un séjour à l’étranger d’un an, j’ai voulu changer de voie. Me rendre plus utile, être moins dans les affaires, et plus dans le social. J’ai pensé à plusieurs pistes et le handicap m’est apparu comme une évidence. Je n’avais aucune connaissance dans le secteur. J’avais des amis handicapés mais sans que ça soit l’élément déterminant. J’ai voulu m’intéresser à ce monde-là.

Et je me suis aperçu, c’était en 2006, qu’il n’y avait pas beaucoup d’outils sur Internet. Et vu l’essor des sites de rencontres et des réseaux sociaux, j’ai commencé par créer un site de rencontres, handivox.com. Il permettait de mettre en relation des internautes qui cherchaient à élargir leur cercle de connaissances, en même temps aussi de rechercher l’âme-sœur. C’était une première démarche, une première étape dans ce nouveau monde. On a interagi avec nos nouveaux membres. On a compris leurs fonctionnements, leurs attentes... On a appris tout plein de petites histoires personnelles, elles ont constitué une importante base de données avec du trafic, du flux. Je me suis ensuite intéressé au salon du handicap, quels étaient les acteurs, marchands ou associatifs ?... Il manquait un média audiovisuel. Il y avait bien la radio, des sites Internet, la presse, mais il n’y avait pas de média audiovisuel, généraliste, dans le monde du handicap. D’où l’idée de lancer Handi-TV.

H : Qu’est-ce que c’est Handi-TV ?

S.T : Handi-TV, c’est une chaîne consacrée aux handicaps, déclinée en chaînes thématiques. On y aborde l’emploi, la formation, les loisirs, les sports, la culture, l’art, la vie quotidienne, le tourisme adapté. Différentes chaînes thématiques qui proposent des reportages que nous réalisons dans le cadre de notre émission de télévision Handiversité lancée, celle-ci, en 2009 et qui couvre toute la région PACA. Elle permet de médiatiser sur des chaînes TNT locales ainsi que sur différents sites Internet, y compris Handi-TV, des reportages sur des initiatives positives, des actions solidaires en faveur du handicap. Que ce soit au niveau du tourisme, du sport, de l’emploi, de la culture, de la vie quotidienne, du logement, de l’accessibilité du transport. Le filtre commun à tout ça étant d’être positif, de montrer ce qui fonctionne, ce qui marche bien, ce qui est vertueux et, tous ces sujets, en usant d’un ton décalé. On a une animatrice, en situation de handicap, Yolaine Cotte-Verdy, qui lance les reportages en personnalisant l’émission. Elle en est le fil conducteur en ayant un ton décontracté, léger, sympathique, de manière à faire en sorte que l’émission diffusée sur l’ensemble des réseaux de partenaires, touche le plus grand public. L’ambition, c’est vraiment de sensibiliser le plus large public à la richesse et la diversité du monde du handicap. D’où le ton décontracté pour que les vingt-six minutes passent le mieux possible, que les gens soient contents d’assister à ce rendez-vous mensuel, qu’ils soient fidélisés, l’intention étant de faire évoluer les mentalités.

H : Quelles sont les sources d’information d’Handi-TV ?

S.T : Handi-TV est alimentée grâce à notre émission puisque nos reportages sont ensuite diffusés sur les chaînes thématiques d’Handi-TV. Le réseau social est désormais intégré à Handi-TV. Résultat, on a donc une partie réseau social et une partie diffusion vidéo qu’on produit nous-mêmes.

H : Quelle est l’idée qui a présidé au lancement de ce multimédia ? Et y a-t-il des équivalents en France ?

S.T L’idée a été de créer un média audiovisuel. Il manquait le format vidéo qui est un format ultime puisqu’il est ultra accessible, à travers notamment le son pour les malvoyants et les non-voyants, le sous-titrage pour les malentendants. On s’est donc dit que c’était un support ultra accessible, avec une interface web, une interface homme-machine via des postes d’ordinateurs. Il y a donc plein d’adaptations possibles qui existent pour rendre accessible le contenu web. Entre notre contenu lui-même, qui est accessible, plus l’interface homme-ordinateur, on peut donc s’adresser à un maximum de personnes handicapées qui ont des contraintes mais qui peuvent consulter, visionner et écouter nos vidéos grâce à ces produits. Le format web et vidéo nous a semblé plus pertinent que la presse, qui n’est pas forcément adaptée, ou la radio. C’est vraiment le côté universel du web et le côté technologique qui nous a intéressés. Il y avait un besoin, un manque, il nous revenait de le couvrir...

H : Ça, c’était donc l’idée de départ, c’est-à-dire en 2008. Où en est-on aujourd’hui de ce projet initial ?

S.T : Le site contient entre 300 et 400 vidéos. On a 58 000 visiteurs par mois. L’émission est un rendez-vous mensuel. Il est très apprécié par nos internautes de par les trafics qu’il génère. On a des retombées positives, on nous contacte, on nous remercie. On a aussi une page Facebook pour Handi-TV dans laquelle des commentaires sont rédigés de temps en temps, des remerciements et des messages. L’émission plaît au-delà de la région PACA, vu que c’est Internet qui la diffuse, on touche effectivement un public national, voire européen. On a des retours. L’émission est suivie, elle est unique en son genre. On est les seuls à le faire en France. Et même si les reportages sont réalisés essentiellement en région PACA, ils sont suffisamment universels pour intéresser un maximum de public et pour que le rendez-vous soit apprécié par le maximum de personnes. Tout ça sachant que tous les ingrédients sont là, un ton décalé, des reportages dynamiques, leur variété... On est transversal dans le monde du handicap, tous les handicaps sont sollicités. Ça fait que le format de l’émission est adapté à tous les types de publics.

Pour la petite histoire, le directeur général de LCM nous a confié qu’Handiversité faisait partie des trois émissions les plus commentées par leurs contacts, les commerciaux, les entreprises... L’émission Handiversité est souvent citée. Une surprise, pour nous, de voir que parmi toute la grille de programmes, LCM pouvait avoir une position aussi prestigieuse. Le pari est respecté, on intéresse un public handi-valide universel.

H : Il y avait donc un besoin ?

S.T : Oui, il y avait effectivement un besoin. Parce qu’il n’y a pas assez de personnes handicapées qui soient représentées sur les écrans de télévision. C’est vrai aussi qu’on n’a pas de logique d’audience. Notre émission répond toutefois aux ambitions. Nos sponsors ont fait le pari, risqué, ils sont aujourd’hui satisfaits du résultat. On espère maintenant que des chaînes nationales s’investissent sur ce type de créneau. Parce qu’on considère que le handicap à toute sa place à la télévision. Les grands médias se doivent de se préoccuper de cette population. Et de communiquer sur les actions qui existent de manière à ce qu’un maximum de monde soit sensibilisé à la cause du handicap.

H : De combien de personnes se compose votre équipe ? Qui sont les présentateurs ? Et pourquoi eux en particulier ?

S.T : L’équipe est constituée de 10 à 15 personnes. Ça paraît beaucoup mais il y a des intervenants occasionnels qui doivent y participer, notamment des cameramen, selon leur disponibilité. Des cameramen, il y a aussi un monteur, des journalistes, l’ingénieur du son, le rédacteur en chef, le réalisateur, l’animatrice, la présentatrice plutôt. Il s’agit de Yolaine Cotte-Verdy, qui a été le point de départ de l’émission. Je l’avais consultée au tout début en lui annonçant que j’avais un projet d’émission. Je ne vois que toi au travers de ce que j’ai déjà pu voir à la télévision. J’ai fait l’émission, je l’ai conçue, imaginée pour toi. Es-tu prête à nous accompagner ? Et c’est quand j’ai eu son accord que j’ai recherché des fonds et que j’ai commencé à composer l’équipe. C’est vrai que, quelque part, Yolaine a été ma muse. L’élément-clé pour me lancer éperdument dans ce projet, qu’il puisse voir le jour et l’officialiser ensuite. Et grâce notamment à Yolaine, on a une émission qui ravit toute l’équipe. C’est très plaisant de travailler à ses côtés, elle insuffle beaucoup d’énergie, de la joie de vivre... Elle donne aussi beaucoup d’idées dans l’émission. Ça fédère l’équipe qui est soudée autour de ce projet de par sa dimension sociale mais aussi de l’ambiance qui y règne.

H : Qu’est-ce que ça change dans le quotidien des personnes handicapées ?

S.T : De plus en plus de monde est informé de telle ou telle action, d’événements en tous genres, sportifs, culturels qui sont autant de rendez-vous. Les gens, quand ils sont informés, ils ont vocation à y aller. Il est également important, pour nous, que le public valide sache ce qui se déroule, qu’il puisse assister à ces événements. Pour qu’il y ait rencontre, mixité sociale. C’est primordial qu’on ait une mission qui s’adresse à tous.

H : Plus largement, le web est-il facilement accessible aux personnes handicapées ?

S.T : Oui. De par l’interface ordinateur et les multiples adaptations, le web me semble être l’outil ultime, sachant que de chez soi, même d’un lit, on peut surfer sur le net. On peut créer du lien grâce à notre réseau social sur Handi-TV. On peut échanger, organiser des rencontres, sympathiser... On sait qu’il y a des gens, par exemple, qui n’habitaient pas dans la même ville, et qui se sont rencontrés. Et ça fonctionne autant au niveau amoureux qu’au niveau amical. C’est la puissance d’Internet de se positionner au-delà des frontières géographiques. Ça permet à tout le monde de pouvoir élargir son champ de connaissances, son réseau d’amis, ça permet plus de chaleur humaine, des contacts, de dynamiser sa vie tout simplement ! Et là, en aparté, l’avantage d’Handi-TV par rapport à des sites généralistes, c’est que le handicap n’y est pas tabou. On ne va pas y être méprisé, pris de haut ou ignoré. On a effectivement des personnes valides qui s’inscrivent dans notre projet, et en toute connaissance de cause. Il y a donc de la chaleur humaine sur notre site, davantage que sur les sites traditionnels sur lesquels, dans le volume, les handicapés ne sont pas considérés à leur juste hauteur. C’est la raison pour laquelle on reste gratuit. Afin qu’un maximum de monde utilise le service en pouvant interagir avec un maximum de monde également.
Sachant, encore une fois, que ce n’est pas un site ghetto, c’est un site handi-valide. On insiste là -dessus, on a plus de 20% de personnes valides qui y naviguent, on le sait, ils renseignent effectivement sur leur profil. Le site est universel.

H : Le web est un espace de socialisation virtuelle, favorise-t-il en même temps une réelle socialisation ou une socialisation d’un autre type ?

S.T : Une réelle, oui, dans le sens où ça provoque des rencontres réelles, physiques. Les gens, au-delà donc de la rencontre virtuelle, passent à une rencontre physique. On est un facilitateur au départ, on met en relation. Les personnes, selon les affinités, provoquent ensuite la rencontre. Ce qui est un peu l’objectif. Mais on peut aussi passer des heures en tchat, en messagerie, en restant à domicile, quand on est un peu timide ou qu’on ne peut se déplacer facilement. C’est un espace de rencontre virtuel qui a aussi son intérêt. Il y a de l’échange même si la rencontre est virtuelle, elle existe toujours. C’est donc un autre mode de relation mais tout aussi pertinent et authentique.

H : Une question plus technique maintenant. Êtes-vous soumis aux normes d’accessibilité internationales ? Comment y répondez-vous ?

S.T : Dès le départ bien sûr, on a considéré notre site comme devant respecter les normes obligatoires, respecter toutes les normes web W3C.

H : En deux mots, en quoi consistent-elles, ces normes ?

S.T : En deux mots, il y a une façon de concevoir le site pour qu’il soit adapté à différents outils, permettant au public de pouvoir consulter le net de manière ergonomique et facile. Il y a des normes à respecter, on les respecte toutes, les principales en tout cas, pour qu’il y ait une navigation cohérente et facile pour toute personne. Ce sont des normes internationales qu’on applique. On n’est pas les seuls à le faire, on le fait, c’était le minimum afin d’être accessible.

H : Pour finir, s’agissant d’Handi-TV, de quoi êtes-vous le plus fier ?

S.T : Je suis fier de l’émission. Je trouve que c’est un bel ambassadeur du handicap. Je ne suis pas forcément objectif. Pour moi, c’est un format d’émission avec tout ce qui va derrière, l’équipe, Yolaine, le ton, le choix des reportages et tout ça... Qui en fait un « ovni » dans le paysage audiovisuel français. Il apporte quelque chose qui transmet des valeurs, qui favorise la rencontre, la meilleure connaissance de l’autre dans sa singularité. J’en suis fier et j’espère qu’on va continuer le plus longtemps possible.


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