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Indignation sur la toile

Tisser un réseau sur le net, ça peut servir...

Tout est parti de ce qui pourrait paraître une banale histoire de toilette matinale. Louis van Proosdij, tétraplégique, est tout à coup privé de sa douche quotidienne. La raison ? Des économies de bouts de chandelles sans doute. Après 27 ans d’une vie bien rodée, son handicap le rattrape, il est obligé de subir ce nouveau protocole de soins totalement inadapté à sa vie de chef d’entreprise. Professionnel d’internet, il informe ses homologues de la toile. L’affaire fait un buzz tel que les plus hautes autorités de l’État s’en mêlent. Quelques semaines plus tard l’affaire est arrangée... du moins pour lui.

3. Indignation sur la toile

Handimarseille : Je vais vous demander de vous présenter et de présenter votre activité professionnelle.

Louis van Proosdij : Je suis Louis van Proosdij, je suis entrepreneur depuis une vingtaine d’années. Aujourd’hui, je dirige une petite société spécialisée dans le domaine de la télévision et de ses nouveaux usages. C’est un peu le mariage entre internet et la télé. Ma première société était plutôt dans le jeu vidéo, la production et l’édition de jeux. J’ai un parcours tout d’abord orienté dans le jeu vidéo, puis internet et enfin la télévision.

H : Pouvez-vous nous parler de vos projets actuels ?

L.v.P : Oui, on développe une plate-forme de diffusion audiovisuelle qui permet aux chaînes de télévision de fabriquer de nouvelles antennes, de nouvelles chaînes. Leur particularité est de s’adapter au goût, à l’humeur et aux usages de chaque téléspectateur. C’est la naissance du concept de télévision personnalisée, il n’y a plus de grille horaire contraignante. La chaîne diffuse uniquement quand le téléspectateur est disponible ou quand il souhaite la regarder. C’est la chaîne qui apprend ce qu’aime le téléspectateur, ses goûts, ses usages, sa disponibilité... Ce sont des chaînes totalement interactives, le téléspectateur peut à tout moment zapper dans la même chaîne, il ne zappe plus d’une chaîne à une autre. Si on propose par exemple un programme qu’un auditeur n’a pas envie de voir, il zappe tout simplement et la chaîne propose un autre programme plus en phase avec son humeur ou ses envies. On a donc un système qui apprend les goûts du téléspectateur et qui est à même de lui proposer spontanément un programme sans qu’il ait à se torturer la tête. On retire en réalité une épine du pied du téléspectateur.

H : Depuis combien de temps êtes-vous passionné du web et de l’informatique ?

L.v.P : Depuis très longtemps ! J’ai eu la chance de faire partie de la génération du numérique du début des années 80. J’avais un peu plus de dix ans quand j’ai vu arriver les premiers micros ordinateurs fabriqués à grande échelle, Apple II, c’était en 78 ou en 79. Pour moi, c’était une révélation.
Quand on est gamin et qu’on tapote sur un clavier, on se rend compte qu’on a un outil qui permet de créer des choses extraordinaires. C’est une aventure, une expérience fantastiques. Il suffit de deux copains, l’un qui dessine et l’autre qui programme, on fabrique des jeux en quelques jours ou en quelques semaines... La découverte des premiers ordinateurs, il y a trente ans maintenant, ouvrait l’avenir en grand.

H : Quel est l’événement qui vous a le plus marqué en informatique si on prend justement les trente dernières années ?

L.v.P : La naissance d’internet et son passage surtout en usage grand public. Moi, j’ai connu les tout premiers réseaux. À l’époque, c’était déjà extraordinaire. On était interconnecté les uns aux autres, on pouvait échanger, discuter, partager. C’était les tout débuts du réseau... Début des années 90, internet rentrait dans les universités, et milieu des années 90 dans le grand public. On pouvait commencer à s’échanger des mails et accéder à des sites web et autres... Voilà, c’était une vraie révolution ! Nous, on a connu ça en amont, avant que ça s’appelle internet. Quand c’est devenu internet avec l’interconnexion de l’ensemble des réseaux, ça a été une révolution totale ! Pour moi, il y a eu deux révolutions, la première c’est la micro-informatique, mettre entre les mains de n’importe qui une puissance de calcul lui permettant aussi bien de s’amuser, de se divertir, s’instruire, travailler, étudier. Et la deuxième, c’est l’interconnexion, c’est internet qui a finalement permis d’abolir les distances.

H : Pour vous qui êtes en situation de handicap, est-ce que ces révolutions ont modifié de façon plus marquée votre rapport au monde ?

L.v.P : Au tout début, c’est d’abord l’ordinateur qui m’a permis de pouvoir poursuivre plus facilement mes études puisque je suis tétraplégique et que je ne peux pas écrire. L’ordinateur m’a permis de faire et de taper mes devoirs, de bosser mes exercices. Écrire, rédiger, ce que je ne pouvais pas faire avec la main, ça nécessitait d’avoir une tierce personne, un secrétaire qui écrivait sous ma dictée. Avec l’ordinateur, j’ai pu être autonome. Pour travailler à la maison, c’était un outil extraordinaire. Et pour communiquer également, parce que je ne pouvais pas écrire des cartes postales ou des lettres. Pour écrire à mes amis, j’utilisais donc l’ordinateur, j’imprimais mes courriers. C’est un outil qui m’a aussi permis de communiquer à l’époque où internet n’existait pas. C’était la révolution des interfaces dans la mesure où le procédé remplaçait l’incapacité d’écrire par la possibilité de taper sur un clavier, de s’exprimer, de rédiger quelque chose. C’était une première étape qui s’est déroulée très tôt.

H : Et qu’en est-il d’internet et des réseaux sociaux qui ont suivi ?

L.v.P : Les réseaux sociaux n’ont rien changé s’agissant de mon handicap. J’ai toujours eu une vie sociale très remplie. On ne peut donc pas dire qu’internet et les réseaux sociaux ont compensé quelque chose, j’ai toujours été très actif. Pour moi, les réseaux sociaux sont un moyen de garder le lien avec des amis qui sont éloignés et que je n’ai pas l’occasion de voir souvent. C’est plutôt un outil pour informer la tribu, la famille, les amis etc. Les réseaux professionnels, c’est un outil de développement professionnel pour rentrer en contact avec des gens qui sont dans le même univers de travail. Là, il ne s’agit pas de handicap, tout le monde est dans le même bain, l’outil permet de développer ses réseaux. Tout ça pour dire que les réseaux sociaux n’ont donc pas été pour moi un outil de socialisation. Ce qui est le cas en revanche pour beaucoup de gens qui, malheureusement, sont isolés ou qui n’ont la chance de pouvoir se déplacer ou encore qui vivent dans des zones un peu reculées en province, là où il y a finalement peu d’activités. Dans ce cas, internet est probablement un outil extraordinaire d’échange et de dialogue avec le monde entier.

H : Internet, les réseaux sociaux vous ont été utiles pour faire face à une situation pénible à laquelle vous avez été confrontée il y a quelques mois, pouvez-vous nous en parler ?

L.v.P : Cela a été pénible, et psychologiquement difficile, quand on prend une douche tous les jours, qu’on a une vie bien réglée, qu’on est lavé, habillé et qu’on va bosser tous les jours et qu’on vous apprend, un jour, que vous n’aurez qu’une seule douche par semaine, comme si vous étiez mourant et grabataire. Un shampooing par semaine ! Alors que comme tout le monde, vous vous lavez quotidiennement parce que vous êtes actif et que vous n’allez pas vous balader avec les cheveux gras ! C’est rude. Tout l’environnement professionnel est mis en péril. Je suis entrepreneur, je travaille avec des clients qui n’ont pas l’habitude de rencontrer des gens qui ne se lavent pas. Pour le coup, c’est le handicap qui m’a rattrapé par le biais d’un changement de protocole de soins. C’était psychologiquement éprouvant et ça m’a mis en grande difficulté, à la fois professionnellement et personnellement, car je n’imaginais pas ce retour en arrière. J’avais une vie plutôt bien rodée avec des aménagements bien adaptés. D’un seul coup, tout a été remis en cause par des gens qui ont décidé de niveler par le bas. Il fallait le même protocole de soins pour tout le monde, pas de différence. Que les gens soient douchés ou pas, on s’en fichait...

H : C’est la diffusion de ces informations sur le web et le buzz produit, qui vous ont donc permis de résoudre cette situation ?

L.v.P : Oui car, sans ces outils, cela aurait été très compliqué. Il a quand même fallu quatre mois pour que je retrouve ma douche quotidienne. C’est long malgré le buzz qu’il y a eu. Et deux mois de plus pour un retour à la normale. Internet a effectivement été un outil extraordinaire. Ça m’a d’ailleurs complètement dépassé. L’information a fait le tour de France, tous les journaux, les radios en ont parlé. Tout le monde. C’est dû à mon travail. Je suis un professionnel d’internet et j’ai beaucoup d’amis sur le réseau qui sont des professionnels, comme moi, et qui possèdent un très bon réseau aussi bien politique que médiatique. Ce qui fait que, quand j’ai sorti l’info, ces connaissances l’ont relayée à leur tour. Cela a été une formidable caisse de résonance. J’ai eu cette chance extraordinaire. Mais dans le cas d’une personne qui ne dispose de ce réseau et ces contacts, je pense qu’internet lui aurait effectivement permis de s’exprimer, de développer un buzz mais pas forcément à la vitesse et avec la force que j’ai connue. Je ne l’aurais d’ailleurs jamais provoqué si j’avais su que ça exploserait à ce point. Le but était simplement d’alerter les gens que je connaissais pour voir si on pouvait avoir un appui politique pour tenter de faire bouger les choses. Qu’il y ait une prise de conscience. Il ne s’agissait d’aller faire la télé, les radios ou encore que toute la presse s’en empare. Je ne suis pas quelqu’un qui s’expose. Le fait est que ça a eu lieu. Dans les heures qui ont suivi, l’info était sur le bureau de différents ministres, à l’Élysée même. L’idée est maintenant de se dire qu’il faut que ça serve à tout le monde. Qu’il y ait une prise de conscience. La question, c’est comment peut-on faire avancer le schmilblik de manière à ce que ça ne se reproduise pas ?

H : Dans vos activités professionnelles, œuvrez-vous pour améliorer la situation des personnes handicapées ?

L.v.P : Non, je suis loin des problématiques du handicap dans mes projets professionnels. En revanche, j’ai noué différents contacts politiques lors de ce qui s’est passé. Et notamment avec le cabinet d’Éric Besson, le ministre de l’Économie numérique. Il m’a demandé qu’on travaille ensemble sur le handicap mais en rapport avec le plan numérique 2020. Voilà un excellent exemple de la puissance d’internet. L’idée, c’est :Vous qui êtes entrepreneur, vous qui êtes handicapé avec un handicap plutôt « lourd », voilà une belle occasion de travailler ensemble. Comment peut-on intégrer de manière beaucoup plus forte les notions de handicap dans le projet du plan numérique 2020 ? Comment peut-on aller plus loin que le plan 2012 ? La thématique étant : comment les outils numériques, les nouveaux usages, les nouvelles technologies peuvent abolir des frontières du handicap ? Comment peut-on compenser le handicap sous toutes ses formes ? C’est un sujet extrêmement intéressant sur lequel on va travailler pour tenter de faire avancer les choses. Que peut-on inscrire dans le plan numérique 2020 ? Ce plan sera dévoilé d’ici la fin de l’année ou au début de l’année prochaine. Que peut-on mettre dans ce plan, qui engagera l’État, pour que ça contribue de manière plus forte à utiliser les outils numériques au profit du handicap et de la compensation du handicap ?

H : Avez-vous fait des propositions ?

L.v.P : Pour le moment, on mène une réflexion, il n’y a pas encore de proposition concrète. Moi, je découvre la manière dont fonctionne le ministère et ce qu’est un plan. Je suis en train de découvrir les rouages techniques de ce genre de choses. En fait, c’est hyper technique. J’apprends comment ça fonctionne. Et puis on réfléchit... Comment traduire des idées en propositions dans un plan qui soit facilement applicable ?

H : Donc affaire à suivre...


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