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Une passerelle entre travail en milieu protégé et milieu ordinaire

"Hors les murs", pour une plus large intégration des travailleurs handicapés.

Professionnelle de l’insertion, Malika Derdour a toujours travaillé auprès de personnes en difficulté d’insertion professionnelle. En tant que directrice adjointe d’un Etablissement et Service d’Aide par le Travail (ESAT), elle gère une équipe multidisciplinaire au service des travailleurs handicapées en recherche d’emploi. Ces structures réservées aux personnes en situation de handicap permettent à ceux qui n’ont pas acquis suffisamment d’autonomie pour travailler en milieu ordinaire d’exercer une activité dans un milieu protégé. Mais c’est aussi et surtout auprès d’entreprises "classiques" qu’elle met son expérience à l’oeuvre en les sensibilisant à l’accueil des travailleurs handicapés et en aidant à leur prise de poste progressive.

2. Une passerelle entre travail en milieu protégé et milieu ordinaire

Handimarseille. - Est-ce que vous pouvez vous présenter ?

Malika Derdour. - Je suis Malika Derdour, directrice adjointe de l’ESAT hors les murs Les Glycines. Je travaille dans cet établissement depuis mai 2010, et notre objectif est l’insertion en milieu ordinaire de personnes en situation de handicap. J’ai toujours travaillé dans le domaine de l’insertion professionnelle, avec des jeunes de 16-25 ans en Mission locale, avec des femmes victimes de violence conjugale mais également sur des dispositifs Pôle Emploi.

H. - Quel est la particularité de l’ESAT hors les murs ?

M.D. - C’est un ESAT qui a été créé en 2006. Il émane notamment de la volonté de personnes accueillies en ESAT classique d’aller dans le milieu ordinaire, mais également des lois et notamment celle de 2005, qui demandent clairement aux ESAT de revenir à leur projet d’origine, qui est d’accompagner les personnes sur ces établissements vers le milieu ordinaire. On a donc une double mission, une mission d’insertion sociale et professionnelle et donc cet ESAT a cet objectif. La Chrysalide a un Pôle Travail Adapté avec 6 ESAT dont Hors-les-Murs Les Merisiers et cet ESAT a pour objectif depuis 2006 de travailler avec ces autres ESAT, qui auraient des personnes qui souhaiteraient aller vers le milieu ordinaire et donc on accueille ces personnes mais également des personnes qui nous sont orientées par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH), on accueille aussi des personnes qui arrivent du Cap Emploi, des IME... On a vraiment beaucoup de partenaires. On travaille aussi avec l’Association pour l’Intégration des personnes en situation de handicap ou en difficulté (ARI). On est vraiment sur un travail en réseau. On construit le parcours des personnes et on vérifie la faisabilité de leur projet en milieu ordinaire et ensuite, on les oriente vers des mises à disposition pour finaliser par un recrutement en CDI.

H. - Quel est votre rôle ?

M.D. - Je manage une équipe pluridisciplinaire - des psychologues, des assistantes sociales, des chargés d’insertion, une secrétaire - et j’ai aussi un rôle de développement commercial, c’est-à -dire que je vais à la recherche des entreprises, je défends notre projet et donc je dis aux entreprises qu’elles nous fassent confiance, qu’elles ont l’obligation aujourd’hui de recruter des personnes en situation de handicap, surtout depuis 2009 et l’augmentation de la contribution. On leur propose un dispositif qui va leur permettre de recruter des personnes, mais avec un accompagnement. On va dans un premier temps, sensibiliser leurs équipes au handicap et notamment à la déficience intellectuelle, donc on va permettre à leurs équipes d’avoir une information, de répondre à leurs questions, de répondre à leurs représentations et ou même parfois à leurs peurs, et ensuite on intégrera une personne en fonction de leur besoin en poste. Mon rôle est aussi de gérer le budget qui nous est alloué.

H. - Comment vous sont orientées les personnes qui travaillent au sein de votre ESAT ?

M.D. - Dans un premier temps, on étudie leur projet professionnel, on vérifie que leur demande est bien d’aller en milieu ordinaire, ensuite on travaille avec elles sur l’élaboration d’un parcours avec des étapes, on fait un état des lieux, ce que j’appellerais un bilan de compétences, sur 3 mois sous forme de rendez-vous collectif hebdomadaire, on construit avec elles leurs projets à travers des séquences type savoir-faire, savoir-être, présentation de fiches-métiers...et l’idée, c’est qu’à la fin, on sorte un ou deux métiers et ensuite, on les oriente vers des stages. Il y a tout un travail qui dure au moins 6-8 mois de construction du projet professionnel. En amont, elle est reçue par l’équipe pluridisciplinaire et d’abord le psychologue, ensuite un chargé d’insertion et ensuite la coordinatrice...On se réunit, on se dit "OK, la personne donne vraiment l’impression de vouloir aller en milieu ordinaire". Quelquefois, c’est le désir de la famille qui est dans le déni et qui ne veut pas voir leur proche travailler en milieu protégé. Après cette réunion, il y a la phase de construction du projet et on dégage des pistes de métiers. Puis vient la phase de stage, de mise à disposition. Ce sont les 4 grandes étapes avant d’arriver au CDI.

H. - Quel est votre point de vue concernant l’emploi des jeunes en situation de handicap ?

M.D. - Le handicap est bel et bien stigmatisé en France. On s’arrête souvent au handicap physique, on oublie le handicap caché donc nous on accueille des personnes qui ont un handicap mental, qui sont toutes déficientes légères et souvent les entreprises ne pensent qu’au handicap physique donc elle freine le recrutement parce qu’elles se disent qu’elles n’ont pas forcément l’aménagement, l’infrastructure adéquate pour accueillir une personne alors que finalement, il y a beaucoup d’autres handicaps. En France en fait, on est sur une méconnaissance, ça commence à évoluer quand même depuis la loi de 2005, depuis l’augmentation de la contribution, forcément ça a fait bouger parce qu’on a touché au portefeuille des entreprises.
Autant je pars à la recherche d’entreprises, autant les entreprises nous contactent. Ça se fait à double sens. Il y a des choses qui bougent, je ne peux pas être que pessimiste mais on a encore beaucoup de chemin à faire. Fondamentalement, je pense que c’est un changement de mentalité qu’il faut opérer. C’est par la communication, la sensibilisation que ce changement se fera. C’est donc à nous d’aller vers les entreprises, c’est à nous d’enfoncer les portes, on a toujours été très timide jusqu’à présent, on cachait nos personnes en situation de handicap, je crois que maintenant faut qu’on ose aussi y aller parce que finalement on est souvent très bien accueillis !

H. - Y a t-il des différences entre l’intégration en entreprise d’un jeune et d’un adulte ?

M.D. - Moi, je ne vois pas de différences concernant notre établissement. Vous savez, je crois que la priorité pour l’entreprise, c’est qu’elle puisse acquérir quelqu’un qui a les bases du savoir-être. Après souvent, elle est prête à offrir le temps qu’il faut à la personne pour développer ses compétences. Ce qu’elle souhaite, c’est au moins quelqu’un qui arrive à l’heure, qui dit "bonjour"...Ce sont les bases du savoir-être et à partir de là , l’entreprise, elle est partie prenante dans le projet. Je ne peux pas dire qu’on intègre plus facilement une personne jeune que moins jeune.

H. - Y a t-il des problématiques spécifiques sur lesquelles vous travaillez avec le public jeune ?

M.D. - On va favoriser la formation, parce que quand on a un public jeune, et bien ils n’ont pas l’expérience d’un autre public qui aurait travaillé en ESAT depuis plus longtemps ou qui aurait travaillé en milieu ordinaire parce que parfois, on accueille des personnes qui ont eu une expérience en milieu ordinaire, qui ont eu un accident et qui ensuite, ont intégré le milieu protégé suite à une nouvelle orientation par la MDPH mais effectivement, on va favoriser la formation et de plus en plus, on nous demande de mettre en place des formations professionnelles pour nos candidats. C’est parfois l’inexpérience qui fait que l’entreprise va un petit peu freiner, et encore je ne suis même pas convaincu de cela parce que nous, quand on intègre, on dit à l’entreprise, "voilà , on envisage telle formation et souvent on démarre par des stages, quand la personne n’a vraiment aucune expérience, et qui sont assez longs pour justement lui permettre d’acquérir une expérience.

H. - Comment se passe le passage en entreprise ordinaire ? Est-ce que vous les préparez pour intégrer plus facilement les entreprises ?

M.D. - Oui, il y a une préparation sauf qu’après il y a la réalité. Ce n’est jamais simple, chaque cas est unique. On a des personnes pour qui l’intégration va se faire tout naturellement et avec aisance pour l’entreprise. Il y a plusieurs paramètres à prendre en compte. Il y a la personne et sa représentation du milieu ordinaire et parfois sa déception du coup, il y a l’entreprise où le directeur est très en demande d’intégration de personnes en situation de handicap, principalement pour la contribution bien sà »r (ce ne sont pas des philanthropes), mais aussi parce qu’il a envie d’avoir une démarche humaine, et une diversité dans les personnes qu’il accueille. À chaque fois que l’on va intégrer une personne, c’est le tuteur qui va être au coeur de la réussite du projet.

H. - Y-a-t’il un accompagnement de votre part sur le poste ?

M.D. - Il y en a en amont avant la mise à disposition qui dure 2 ans. Il y a un accompagnement avec un chargé d’insertion qui est référent qui vient toutes les semaines ou tous les 15 jours et ensuite, en fonction de l’autonomie de la personne sur son poste et ses besoins et bien on espace nos visites. L’objectif, c’est quand même que la personne soit autonome. Et à la signature du CDI, on est encore là parce qu’en fait, on signe avec l’entreprise, une convention de suivi pendant 2 ans donc la personne ne signe pas un CDI et on ne la voit plus, non, on dit à l’entreprise, "ne vous inquiétez pas, même à l’issue du CDI, on reste encore présent si vous avez besoin". On s’occupe aussi de toute la démarche administrative pour leur permettre de percevoir la prime à l’insertion de l’Agefiph. On est là avant, pendant et après.

H. - Quels conseils donneriez-vous aux jeunes en situation de handicap qui espèrent décrocher un premier poste ?

M.D. - De venir aux Merisiers. Si j’avais un conseil, ce serait d’être accompagné, d’une part pour enfoncer les barrières de l’entreprise parce que souvent ils sont seuls face à l’entreprise. Ce n’est pas évident de faire valoir, d’expliquer à l’employeur que le handicap, ce n’est pas un frein à l’emploi. Ce ne sera pas quelque chose de négatif mais bien quelque chose de positif dans les équipes, en terme de valeur.
C’est bien plus facile de décrocher un poste lorsque l’on bénéficie d’un accompagnement adapté, cela rassure l’employeur. Sans compter que l’entreprise n’y gagne pas seulement financièrement ou pour son image, elle y gagne aussi dans ses ressources humaines, elle gagne en valeur humaine. Elle entre dans une démarche où elle favorise la diversité et la différence.
Le conseil que je peux donner aux jeunes, c’est de croire en leur projet, de garder toujours leur volonté d’y arriver et que le savoir-être est très important. Il y a des bases du savoir être en entreprise sont fondamentales, bien se présenter, arriver à l’heure, ne pas être absent, prévenir... Vous savez, j’ai travaillé en Mission locale, avec un public qui n’était pas forcément porteur d’un handicap, c’est pareil. Quand on a du savoir-être, on a toutes les chances d’intégrer l’entreprise. Alors après, il y a des postes effectivement où il faut des compétences. Nous, ici aux Merisiers, on cible plutôt des postes de niveau 5.

H. - Quel message souhaiteriez-vous faire passer aux employeurs qui vont embaucher un travailleur en situation de handicap ?

M.D. - D’être plus ouvert. C’est vrai qu’ils se tournent souvent vers l’Agefiph ou le Cap Emploi, mais il faut qu’ils aillent aussi vers les milieux protégés où il y a des compétences à faire valoir. Il faut qu’ils élargissent leur réseau. Je leur conseille de venir vers nos établissements qui sont des ESAT hors les murs et qui leur permettront peut-être de pouvoir recruter des personnes mais avec un accompagnement renforcé. Je leur dis de poursuivre leurs efforts parce que je sais qu’ils en font énormément pour intégrer les personnes en situation de handicap. C’est vrai, nous on ne peut répondre qu’aux postes de niveau 5. Les entreprises ont aussi besoin de niveaux plus importantx et là c’est vrai que ce n’est plus dans nos cordes, mais on a des relais comme Cap Emploi Heda. Il y a des niches où l’on peut créer des postes pour nos candidats qui finalement, permettent la rentabilisation dans les entreprises. Eux, ils ont la ressource et nous, nous sommes les experts et on peut les accompagner pour faire en sorte de créer des liens et les aider à accueillir les personnes.

H. - Sur cette thématique avez vous un événement à raconter, un moment qui vous a particulièrement marqué ?

M.D. - J’étais la semaine dernière dans une banque, ils n’ont que 0,75% de personnes en situation de handicap recrutées, ils ne cherchent que des Bac+2. Pourtant, je suis convaincue qu’ils pourraient recruter une personne en situation de handicap qui aiderait les assistants. Il y a des niches de postes sauf qu’il faut se donner les moyens. C’est une vraie politique d’entreprise que les pays nordiques ont et il faut qu’en France, on y aille ! On a l’Agefiph qui fait pas mal de propositions, qui fait signer les accords cadres aux entreprises, c’est très bien, sauf qu’au final, ces entreprises ne recrutent pas.

H. - Je vous remercie.

Propos recueillis par Yoann Mattei


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