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Handisport : Regards croisés sur l’accessibilité.

Interview de deux membres du Comité Handisport des Hautes Alpes, Yann SKYRONKA et Alex BORGIA, réalisée dans le cadre du Congrès Éducasport réuni à Marseille en juin 2009 au Palais du Pharo. L’invalidité aujourd’hui : exigences des sportifs et impératif d’un soutien. Un mot d’ordre peut-être, "Prenons conscience de ces sports à part entière !".

Handisport : Regards croisés sur l'accessibilité.

HandiMarseille - Yann SKYRONKA, pouvez-vous nous décrire votre activité principale ?

Y. S. - Il y en a plusieurs... Alors nous effectivement au Comité Départemental Handisport, on a comme objectif de développer les pratiques sportives Handisport dans notre département. On en développe beaucoup mais on est plus axé sur les sports de plein air, ayant un département à part, les Hautes-Alpes, un magnifique terrain de jeu. On a essayé de développer les sports de plein air pour plusieurs raisons : quand on a commencé il n’y avait quasiment rien qui existait mis à part le ski Handisport... On a vu venir toutes les autres pratiques en même temps : l’engouement pour le Fauteuil Tout Terrain, la randonnée en joëlette, le Handbike, etc., et donc on s’est dit que c’était très important pour nous de se mettre sur ce créneau là . Aussi, parce que ça permet aux personnes handicapées de retrouver des espaces naturels perdus dans lesquels on ne peut plus accéder aussi facilement quand on est en fauteuil. C’est donc grâce à ce matériel qu’on a sur ce stand, qu’on présente, qu’on va pouvoir réaccéder à ces points de vues, à ces chemins, à cette nature qui nous est beaucoup moins accessible du coup.

Fauteuil ski. Salon Éducasport.
Y.S. - On développe, entre autres le fauteuil tout terrain, la pratique de la joëlette, une "œchaise à pousseur" permettant de prendre les sentiers de randonnées, et puis l’hiver, le ski assis, sous toutes ses formes, de la plus autonome jusqu’à la forme la plus accompagnée, en tandem ski par exemple, pour les personnes qui ne seront pas autonomes et qui ont quand même envie de découvrir les joies de la glisse, du ski, etc... Vous avez à côté de vous Alex Borgia, un de nos skieur dans le département, il vous dira peut-être deux mots après... A côté de ça, on développe tout ce qui est activités plus classiques, notamment les "œclubs de jeunes" parce qu’il y avait un gros manque dans le département sur la pratique des jeunes en sports collectifs. On a donc monté un club de handball Handisport sur Gap. La natation aussi faisait défaut, on a monté un club de natation à Embrun, qui est un petit village dans le 05. On a aussi aidé au développement du Club de la Section Handisport à Gap... Il y aura bientôt une section de badminton, une autre de capoeira. Ça se développe assez rapidement maintenant qu’on est connu et qu’on commence à être reconnu, les demandes de partenariat se font de plus en plus variées.

H - Ces demandes se présentent sous quelles formes ?

Y. S. - Les gens pendant des années ont pensé que dans les Hautes-Alpes, il n’y avait rien pour eux. Il y avait l’APF, l’Association des Paralysés de France, qui faisait beaucoup déjà , mais ils s’imaginaient que si ils ne faisaient pas partie du réseau APF, il n’y avait pas de clubs mis à part un club de basket assez actif dans le département. Il n’y avait pas vraiment de pratiques, pas de matériel de disponible mis à part des fauteuils de ski. Généralement c’était l’ESF, L’École de Ski Français, qui proposait moyennant 170 euros pour aller skier 3 heures... ce qui était complètement impossible pour la plupart des gens... Ça se limitait à ça. Depuis qu’on monter ce Comité, qu’on a réussi à acquérir du matériel, qu’on le prête à nos licenciés, qu’on forme des bénévoles aussi, forcément le groupe s’agrandit, et les gens le savent. On a également sorti un guide édité à 1 500 exemplaires qu’on a essayé de dispatcher du mieux possible et un site internet handisport.05.edicomnet.fr. Avec tous ces médias là , l’objectif concret, c’est de réussir à véhiculer l’information.

H - Quel est votre statut juridique ?

Y.S. - Associatif, loi de 1901, comme une petite association mais avec des objectifs plus larges, notamment l’aide aux associations. Par contre, étant un Comité Handisport, on ne peut pas licencier des personnes en "œloisir" . On ne peut pas dire « ben oui, viens au comité, j’te donne une licence loisir, tu pratiqueras ça avec nous. » Non. Nous sommes obligés de prendre appui sur des associations locales. Avec le Comité Handisport et parce qu’on avait un gros manque d’associations, pour pallier à ce problème et pour pouvoir développer notamment nos pratiques de plein air, nous avons monter avec les bénévoles du Comité une association supplémentaire, Écrins Handisport, qui est l’association support du Comité devant nous permettre de licencier des personnes en Fauteuil Tout Terrain, en ski ou le p’tit club de natation, plutôt que de retrouver des personnes pour faire « un bureau, un Président, un trésorier... », etc. Ça, ça emmerde tout le monde de nos jours. C’est Écrin Handisport et des bénévoles du Comité qui désormais s’en occupent.

H - Vous êtes bénévoles mais le Comité est-il aidé par la région ?

Y. S. - On est aidé par la région mais on ne l’était pas jusque là ... On l’a été cette année pour l’achat de matériel, des fauteuils de multisports. Le gros problème dans le département jusqu’à présent était le suivant : un sportif qui voulant faire du tennis de table par exemple, se retrouvait dans un club "œvalide" . Il allait jouer avec des collègues et son fauteuil de ville et on lui disait « ben... on a rien à te prêter pour que t’aies un fauteuil un peu plus mobile, un peu plus léger. Nous on a rien à te prêter ». Donc nous, notre objectif, c’était aussi de pouvoir mettre à disposition des fauteuils de prêts. La région nous aide depuis cette année, on va pouvoir acheter incessamment sous peu, 3 fauteuils multisports grâce à ces financement. Ensuite, à l’échelle départementale, on est assez peu aidé par rapport à ce que l’on fait, nous trouvons... très objectivement (rires)... Par contre, on est aidé par Jeunesse et Sports, plus que par notre Conseil Général. On a un appui qui est très bien depuis un an avec un nouveau correspondant de Sport et Handicap, efficace, Mme Botta, pour la citer. Elle nous aide pour des projets, les « journées découvertes », que le Comité organise. Tous les deux mois, on essaye de mettre en place un « week-end découverte » sur une pratique. Tous les gens peuvent s’inscrire. Ça va être le ski pendant l’hiver, la joëlette pendant l’été, le tir à l’arc, la sarbacane... des choses comme ça. Pour ces journées là , qui nécessitent une bonne organisation, la Jeunesse et les Sports nous aide.

H - Votre association est-elle en lien avec des clubs "œnormaux" pour y intégrer les "œinvalides" ?

Y. S. - Complètement, de deux manières. Au départ, la priorité a été de monter des sections et des clubs Handisport. C’était surtout ça. Nous parlions de la capoiera tout à l’heure, nous avons eu une jeune sportive handicapée qui a décidé un jour d’aller voir à la capoiera. Elle s’est rendue compte que là bas il y avait un des moniteur qui avait suivi une formation sur la capoiera et le handicap. Ça leur a donné envie de faire évoluer ces pratiques là ... maintenant, il y a une demande de la part du Club. Désormais, nous, on est là pour aider, pour former à la compréhension du handicap, aux adaptations. Ensemble, on commence à développer cette action. Au niveau des clubs, on a des clubs de kayaks par exemple, qui ont des volontés, qui nous disent « nous, on accueille des personnes handicapées, y’a pas de problèmes... ». C’est très bien de les accueillir, mais il faut aussi adapter le matériel et la praticable ! C’est souvent ce qu’oublient les clubs "œvalides" . Ils ont la volonté mais pas forcément les connaissances. Nous sommes là pour les aiguiller, leur dire « En tant qu’entité, petite mais de la FFH, de la "œFédé" Handisport, on vous présente les formations qui sont possibles de faire passer à vos moniteurs, les compléments de formations pour les brevets d’État »...

Compétences requises !

H - Que pouvez nous dire à propos de l’aide aux associations et des formations existantes ?

Y. S. - Ils ont par exemple une journée où il y a 3 ou 4 personnes handicapées qui arrivent, ils se sentent un peu perdus... Ils peuvent faire appel au Comité Handisport pour qu’on aille vers eux, leur expliquer un peu et les aider sur ces journées là . Après, ce que l’on veut, ce n’est pas se rendre indispensables à longueur de temps, c’est pouvoir apporter de l’information aux personnes, via la "œfédé" Handisport. Ils ont ce qu’ils appellent un CQH, un Certificat de Qualification Handisport. Pour toutes les personnes qui sont moniteurs au brevet d’État, c’est 3 jours de formation pour s’ouvrir aux différents types de handicap, aux différentes adaptations. On y traite aussi bien de « médical » que de « sport », etc. Une fois qu’ils ont passer ça, ils se sentent vachement plus autonomes dans la pratique. Ensuite, pour ceux qui veulent aller plus loin, il y a un « module 2 » de cette formation, axé sur leur sport. Si je reprends l’exemple du kayak, ils vont traiter de tous les types de kayak, de tous les types d’adaptation, la mer, la rivière, etc. Après ça, le Comité a un club qui a ses référents de sport s’ils ont encore besoin de nous pour leur filer un coup de main... mais au moins, ils sont devenus plus autonomes.

H - Dans le cas de la natation et dans le cadre du handisport, quelles sont les adaptations ?

Y. S. - L’entrée dans l’eau, déjà . Du départ, des vestiaires par exemple. Le lieu : l’entrée, le parking, etc. A Gap, on a eu des parkings d’handicapés où lorsqu’on pousse la portière, on a une bordure de 50 de large sur laquelle on ne peut pas poser un fauteuil. Nous, on a envie de dire « on va changer cette place ». Ça commence par là . Après, l’entrée dans la piscine. Il y a une obligation de passer par le pédiluve. Nous, on ne va pas y aller. On ne va pas « aller rouler dans... » On les aiguille sur "œcomment faire ?" , sur ce qui est possible, etc. Après, au niveau de la natation c’est surtout : "œl’entrée dans l’eau" , éventuellement "œquel matériel acheté ?" , parce qu’ils sont perdus. Ils voient des portiques de transfert... il y en a dix différents, « lequel est le mieux ? »...

H - Vous aidez aussi les lieux à s’adapter ?

Y. S. - Complètement. Tous les lieux sportifs peuvent nous appeler et on vient.

H - Vous conseillez à l’accessibilité ?

Y. S. - On conseille de façon informelle parce qu’on a pas de compétences spécifiques pour çà . On ne fait pas partie de "œnormes" , mais on vient en disant « bon ben voilà , nous nos sportifs... On sait que si vous mettez le portique ici, que la porte s’ouvre constamment, qu’il y a un courant d’air », etc... C’est des gens qui ont une thermorégulation pour certains moins bonne que les autres, « Évitez de mettre les endroits où ils vont pouvoir s’installer, ici... Si on peut éviter de mettre le portique à l’autre bout de la piscine... ». Ce sont des choses qui nous paraissent logiques mais qui ne le sont pas forcément pour les personnes qui bossent dans ces endroits. Une fois qu’on est dans l’eau ce qui est important c’est surtout « qui ? » va enseigner la natation. C’est-à -dire qu’un B.E. (Brevet d’État d’éducateur sportif de natation), il se retrouve perdu quand arrive une personne hémiplégique ou amputée. On lui a appris à nager sa belle brasse « complètement symétrique »... et là , le gars, ben, la nature, elle pas "œsymétrique" .

H - En amont, dans la formation des moniteurs, y a-t-il inclus un module "œsportifs invalides" ?

Y. S. - Non... Ils ont 2 heures qui leurs servent à pas grand-chose. Ça commence à se faire mais il y en a très très peu. Un moniteur de randonnée par exemple, il ne connaît pas la joëlette. La joëlette, c’est la chaise de randonnée, et c’est de plus en plus demandé. Un moniteur de natation, s’il ne vient pas passer son CQH ou si lui même n’a pas montré la volonté de se former un peu plus là dedans, il va... Il y a tellement de demande sur les personnes "œvalides" , que lui ne connaît pas non plus. On essaye pour tous ces clubs de natation de trouver des personnes qui ont des compétences spécifiques, qui ont fait le CQH ou qui sont passés par les STAPS (études en Sciences et Techniques des Activités Physiques et Sportives), avec les activités adaptées chez les STAPS, soit qui ont bossé dans des centres de rééducation. Voilà l’idée : mettre quelqu’un de compétent qui n’improvise pas complètement. Quand on improvise avec quelqu’un qui lui-même cherche sa façon de nager, parce que c’est réellement une recherche de la meilleure façon de nager en fonction de son handicap, on va un peu n’importe où... alors que si on dispose d’une personne qui est déjà au courant des incidences du milieu sur le handicap, il ne pas s’y prendre pareil... il va par exemple adapter ses temps. Voilà , il s’agit de prendre la personne qui connaît le mieux son handicap et son sport.

« Y’a encore du chemin à faire ! »

H - Les clubs "œvalides" font-ils preuve de bonne volonté ?

Y. S. - Je ne sais pas ce que tu en penses Alex ? En règle générale, ils sont assez ouverts. On ne s’est quasiment jamais heurté à des clubs qui disent « Non, nous... ». Par contre, ils craignent de « mal faire ».

H - Est-ce également le cas pour les sports d’équipes ?

Y. S. - Alors « sports d’équipes », c’est un peu particulier. Un gamin qui arrive, qui est IMC, Infirme Moteur Cérébral, qui a une mauvaise marche, etc., qui va vouloir s’inscrire dans un club de foot "œvalide" ... souvent leur réponse est « oui oui, viens avec plaisir ». En fin de compte, on va vite s’apercevoir qu’avec les autres enfants, et ben... forcément, il joue un peu moins vite, la coordination est moins rapide... Ça ne veut pas dire que les autres gamins n’aiment pas le gamin handicapé, c’est juste que « ça joue moins vite »... ils marqueront le but un peu moins facilement donc ils passeront à quelqu’un d’autre. Ils ont la volonté mais on remarque rapidement que ce ne sont pas toujours les bonnes solutions. De fait, on ne prône pas la mixité absolue parce que par moments, ça ne marche pas. Il faut l’accepter.

H - Le terrain serait-il finalement "œexclusif" ?

Y. S. - Oui, sur certains sports. Un sportif qui fait du tir à l’arc, il n’a pas besoin de faire partie d’un club de tir à l’arc Handisport. Il va prendre place sur son fauteuil, il va tirer à sa vitesse, au nombre de volées, ça ne va emmerder personne. Lui, il va s’y retrouver. Il n’y a aucun problème. Mais sur certains sports, la voile par exemple, le Comité a un club qui a voulu accueillir plusieurs gamins handicapés. On avait des courses qui duraient deux heures et demie... deux heures et demie quant on est hémiplégique, quand on doit se concentrer vachement, quand on vit]avec une main... on fatigue plus vite et on ne peut pas faire deux heures de voiles. Certains peuvent, mais en grande partie au bout d’une heure et demie, on va rentrer au port et les gars ne comprennent pas. Ils disent « Allez, allez, allez ! Viens on y va, on y va ! ». Mais non. On oublie pas que ce gamin a une motricité qui est spécifique, qu’il se fatigue plus vite. Le gamin a dit au bout de 2 mois « ben non... moi, j’ai plus envie d’en faire. A chaque fois, j’suis l’premier qui rentre au port. Les autres, c’est un peu : "œAh, t’es bidon" »... Donc voilà , le sport, il ne faut pas que ça exclu.

H - Pourtant le sport véhicule l’idée d’intégration...

Y. S. - Oui, mais on se rend compte qu’il y a des moments où ce n’est pas vrai.

H - Est-ce que l’on parle d’intégration quand la personne va faire du sport parmi ses pairs ?

Y. S. - "œS’intégrer" c’est aussi faire en sorte que les autres connaissent un petit peu mieux leur propre condition. Les jeunes qui jouent au handball avec nous, avec "œHandisport" créé par le Comité, ils ont tous un handicap différent. Ils ne se connaissaient pas auparavant. Maintenant, ils se connaissent mieux. Ils s’aident aussi. A côté de ça, il y a une émulsion entre pairs. Lorsqu’on joue en équipe, si on ne prend pas en compte le handicap de l’autre, si on ne prend pas en compte qu’il est hémiplégique du côté gauche et qu’on lui fait toujours des passes à gauche, le moment arrive où l’on perd la balle... Ce que l’on propose par exemple, au travers de notre Club de Hand de Fauteuil, c’est inviter des gamins "œvalides" à venir jouer en fauteuil pour essayer de se mettre à la place des "œinvalides" , apprendre ce que c’est que la manipulation d’un fauteuil. Ça, pour nous, ça participe à l’intégration, à ce que les autres reconnaissent que « lui, debout, ne marche pas très bien »... il sera peut-être « moins performant que toi, » mais une fois qu’il a son fauteuil adapté à son handicap qui représente ses jambes une partie du temps, effectivement, « il cartonne bien ». Et si toi « tu viens jouer, tu verras que c’est difficile ». Ton estime augmentera et tu respecteras un peu plus ce jeune là . Tu comprendras un peu mieux...

H - Est-ce-que le milieu sportif ordinaire évolue et reconnaît les Handisports comme de "œvrais sports" , avec tout l’intérêt qu’ils peuvent avoir ?

Y. S. - Oui, de plus en plus, mais c’est vrai que l’on entend encore des phrases... L’autre jour j’ai été outré : je regardais Roland Garros. En même temps que Roland Garros, il y avait une finale de Coupe du monde de tennis... des championnats... et le gars demande la même chose « Est-ce-que vous vous considérez comme un vrai sportif de haut niveau ? » Le gars s’entraîne huit heures par jour depuis des années, il est dans un fauteuil de sport qui coà »te quatre briques 1/2, il joue comme un dieu... La réponse est évidente ! C’est un sportif de haut niveau ! Il est Champion du monde le gars ! Ne lui posez même pas cette question, c’est évident. C’est vrai que quand on voit qu’il y a encore ça : quand on voit qu’à Roland Garros, ils préfèrent filmer des terrains vides avec un commentaire derrière sur ce qui s’est fait la veille au soir alors qu’il y a une Coupe du monde derrière, des mecs qui jouent en fauteuil, il y a un problème ! Faut les filmer !

Basket-fauteuil avec un "œpro" , Ryadh Sallem :




Y. S. - Les gens aiment voir ces pratiquants, on s’en rend compte de plus en plus. Des amis me disaient avoir vu des gars jouer en fauteuil et avoir été impressionnés. Ils ne me disaient pas « C’est con qu’on en voit pas plus ! » pour me faire plaisir, ils avaient vraiment envie de voir un peu plus de ces sports là en diffusion TV. Donc, d’un côté il y a une reconnaissance qui commence à ce faire un peu partout, d’un autre, on tombe des nues en se disant que « Finalement... il y a encore du chemin à faire ! ».

H - Alex Borgia, vous travaillez avec des personnes handicapées, quelle est concrètement votre action au quotidien ?

Y. S. - Je fais essentiellement du bénévolat au sein de l’Association. J’ai eu un accident qui m’a invalidé il y a quelques années, il y a six ans, une infection. J’étais quasiment skieur "œpro" .

H - D’où venez-vous ?

Y. S. - Des Alpes à la base, dans le 05. Je connais très bien le département et les pratiques sportives qu’on peut y avoir en tant que "œvalide" et donc maintenant j’essaie de découvrir les pratiques que l’on peut y avoir en tant que "œnon valide" . Comme je vous le disais j’étais quasiment skieur "œpro," c’est le Comité qui m’a permis de retourner vers le sport et le ski.

Preuves en images avec Jean-Yves, paraplégique et free-rider :


H - Parce que tu ne pouvais pas t’acheter de fauteuil ?

Y. S. - Voilà . Parce que financièrement c’est impossible. A savoir, les handicapés on leur "œsert la visse" . Plus ça va, plus on la leur sert. Financièrement, j’avais de quoi me payer mon loyer, ma bouffe, c’est légal. Mais pour tes loisirs, s’il n’y a personne comme le Comité par exemple, où t’arrives, tu vas prendre ta "œfédé" , tu vas prendre ta licence, et derrière ils te disent « ben voilà , t’as le droit d’utiliser tel, tel, tel matériel, avec tel bénévole », si ça se suit, ils peuvent t’apprendre. Y’a tout un mix. De là , moi, ça m’a permis de me retrouver en milieu naturel, milieu que j’avais oublié depuis 4 à 5 ans.

H - Retrouves-tu le même épanouissement qu’avant ?

Y. S. - Complètement, ça permet de se restructurer après un accident, que ce soit physiquement ou psychologiquement.

H - Tu as également retrouvé la compétition ?

Y. S. - Alors moi... je n’ai jamais vu la compétition comme les autres, c’est un peu différent. Pour moi la compétition, c’est partir d’en haut et arriver le plus vite possible en bas.

H - Et les piquets ?

Y. S. - Ouais, les piquets, c’est pas encore trop mon truc. En fauteuil, je n’ai jamais encore vraiment essayé. Si... j’ai fait un petit passage du St-Vincent cet hiver, pendant un tracé... Mais je suis plus dans le loisir et le contact avec le milieu naturel. J’ai la chance d’être invalide que très peu... je suis dans mon fauteuil mais je peux me permettre des choses que certaines personnes paraplégiques ou d’autres ne peuvent pas : les bosses, les bas rocheux.

Sur un pied d’égalité ?

H - Lorsqu’il y a compétition, y a-t-il un moyen pour mettre au même niveau de handicap des personnes ayant des degrés d’invalidité différents ?

Alex Borgia - Par exemple pour le fauteuil-ski, on les classe tous ensemble. Lorsqu’ils sont en bob-ski, c’est une classification, une catégorie. Après, il y a les membres coupés, les non-voyants...
Y. S. - En fait il y a trois catégories : il y a "œassis" , "œdebout" et "œnon-voyant" . Ensuite, au sein de ces catégories là , on va faire un pourcentage correspondant au handicap de la personne. Pour les non-handicapés le pourcentage est petit, pour les handicapés, le pourcentage est plus élevé. Avant la fin d’une manche, on va dire « ben voilà , toi, tu as 2,3 % que l’on va rajouter à ton temps ». Ça va permettre de jouer une seule manche avec tout le monde. C’est plus ludique pour le grand public et moins emmerdant dans le sens où l’on a pas 50 manches. C’est pareil pour l’athlétisme maintenant.
A.B. - Pour tout ce qui est de l’équilibre des compétiteurs, ça se règle comme çà . Pour ce qui est de la compétition, on se classe comme on a dit, au % et en fonction du sport. Les derbys, on a été classé dans "œhot engins" . Ça concerne le derby de la neige, les skieurs, les snowboarders, et d’autres engins, des personnes en VTT par exemple, en airboard, n’importe quel engins de glisse. Jusqu’à présent, on a été classé là -dedans, nous en tant qu’"œhandiskieurs" . Cette année on était 7 en fauteuil et bob ski, avec 7 accompagnateurs. L’an prochain, il devrait y avoir 1 personne de plus, invalide. Ils doivent nous créer notre catégorie, pour le derby et les trophées, c’est-à -dire les descentes les plus rapides de montagne.

H - Malgré la législation, on se rend compte que les choses avancent lentement et qu’il est nécessaire de compter sur l’action des bénévoles et des associations...

Y.S. - C’est sà »r que si personne ne s’y met, ça n’avancera pas.

Chaise à porteur. Salon Éducasport.
Y.S. - On verra en 2014-2015. Malheureusement en France, on attend toujours d’être obligé de prendre une amende pour faire un aménagement alors qu’on aurait pu le faire bien longtemps avant. Ce que je remarque aussi, c’est que ça va vite lorsque les gens ont dans leurs proches, dans leur famille, quelqu’un d’handicapé. C’est hallucinant que les gens n’arrivent pas à se dire « ben, j’n’ai peut-être pas besoin d’attendre que mon frère aie un accident pour me bouger alors que je suis maire d’une commune ». A un moment il faut penser à tout le monde et aussi que ça peut nous arriver. En France, on est un peut bizarre à ce niveau là . Il y a d’autres pays comme l’Angleterre, le Canada, même l’Espagne, où le gens arrivent beaucoup plus à se mettre à la place des autres, anticipent beaucoup plus, n’attendent pas les dates butoirs de la loi pour commencer à faire des choses. En France, on est encore en train de construire des bâtiments en ce moment qui ne sont pas aux normes, qu’on va devoir démolir, là , d’ici, cinq ans, pour les remettre aux normes. Si on avait fait ça tout de suite, dès maintenant, ça aurait coà »té beaucoup moins cher. Ça n’aurait peut-être pas donné exactement l’architecture que l’on voulait à ce moment là , mais les gens sont perdants dans tous les sens : ils perdent du public, ils perdent une image, ils perdent de l’argent sans s’en rendre compte. Alors c’est vrai, heureusement qu’il y a les associations, les bénévoles, les commissions d’accessibilité qui viennent y mettre leur nez, des comités sportifs, etc., qui se bougent pour ça.

Juste une ballade ?




Propos recueillis par Dagmara Marciano et Emmanuel Ducassou. Photos Josepha Lopez.

Voir en ligne : A voir, en ligne les clubs et activités handisport dans la région sur www.provence-handisport.org


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