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Prendre soin du corps c’est prendre soin de la personne

Témoignage d’une infirmière en chirugie orthopédique

Marie est infirmière à Marseille en chirurgie orthopédique. Elle accompagne les patients avant et après leurs interventions chirurgicales qui, après un grave accident, peuvent les laisser handicapés.
Son travail quotidien est basé sur le rapport au corps : soigner et guérir le corps blessé, et aider le patient à mieux appréhender cette blessure.

3. Prendre soin du corps c'est prendre soin de la personne

Handimarseille : Bonjour, pouvez-vous vous présenter ?

Marie : Je m’appelle Marie, j’ai 23 ans. J’ai fait un bac SMS (Sciences médico-sociales) et tout de suite après le bac je suis entrée à l’école d’Infirmières. Durant cette formation j’ai fait plusieurs stages, c’est un enseignement théorique et pratique, ce qui m’a permis d’acquérir une certaine expérience dans plusieurs domaines notamment celui du handicap. Actuellement je travaille depuis un an dans le pôle locomoteur de l’Hôpital de la Conception à Marseille.

H : Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est ce service ?

M : Dans ce service, le but est de donner aux patients une prise en charge holistique de leur séjour hospitalier. C’est-à-dire que ça comprend leur accueil, un suivi préopératoire, l’intervention, le suivi postopératoire et cela va impliquer une collaboration avec une équipe pluridisciplinaire composée de kinés, d’aides-soignants, d’infirmières et de médecins.

H : Quel est votre rôle dans ce service ?

M : Je suis infirmière et je prends en charge les patients dans leur globalité, au niveau du soin et au niveau éducatif après leurs interventions. Je prends soin de leur corps afin qu’ils aient un meilleur confort.

H : Vous travaillez régulièrement avec des personnes handicapées comment se passe la relation avec ces patients ?

M : La plupart du temps, je travaille avec des personnes qui ont besoin d’une chirurgie orthopédique réparatrice. Ce sont des personnes qui ne seront pas forcément handicapées mais il y a souvent des accidentés de la route qui sont en train de le devenir. On les prend en charge dès le début. Notre rôle est de les rassurer, les soutenir, les écouter mais aussi de leur apprendre à faire avec leur handicap.

Il n’y a pas longtemps on a eu un patient, suite à un accident de la route, il ne savait pas ce qui allait se passer, il est descendu au bloc et le chirurgien a été obligé de l’amputer. C’est à son réveil dans notre service qu’il a pris conscience de la disparition de son membre. Sur le moment, il a été horrible avec le personnel médical et avec les membres de sa famille.
Ensuite on a réussi à bien le prendre en charge, au fil du temps les soins se sont bien passés. Ça nous a beaucoup étonnés, il a réussi à remonter la pente et maintenant, il accepte jour après jour son handicap. Il vient souvent nous rendre visite. Aujourd’hui il a une prothèse, il va être papa, ça a été difficile mais il accepte complètement son handicap. On a été contents de voir son évolution. Tous les patients ne réagissent pas comme ça mais ce n’est pas rare non plus. Tout dépend de leur force mentale mais en général on a de bons retours.

H : La relation au corps est-elle importante dans la relation qui s’établit avec la personne ?

M : Bien sûr, c’est l’élément le plus important, parce qu’avant tout les infirmières ont un contact avec un humain, on ne manipule pas un objet, on a une image particulière du corps. Notre devoir c’est de prendre soin de ce corps-là afin que le patient se sente mieux et puisse petit à petit accepter son handicap.

H : Comment vivez-vous ce rapport au quotidien ?

M : C’est quand même assez compliqué mais on nous apprend à faire abstraction de tout ça. Il faut avoir une vision soignante, une relation soignant/soigné et non pas une vision d’humain à humain, pour arriver à prendre du recul et à prendre en charge les patients, en essayant de mettre de côté nos émotions. Cela reste quand même difficile. On essaye de créer une barrière tout en ayant beaucoup d’empathie avec les personnes que l’on soigne.

H : Comment les patients vivent-ils les soins qui doivent leur être apportés ?

M : Il y a des soins invasifs, quand on leur enlève les drains par exemple, ce sont des soins qui font mal. Après ça dépend des soins. Parce que nous ce que l’on fait c’est de l’éducation thérapeutique, on fait des pansements, des injections. Après par exemple pour un patient amputé, c’est assez compliqué, il est amené à voir sa plaie, sa cicatrisation, son évolution, ce sont des plaies qui sont quand même purulentes, sanguinolentes, inflammatoires, c’est quand même impressionnant pour le patient de se voir comme ça. Et de vivre la perte d’un membre aussi. Nous on doit être là pour le soin technique, on doit être là aussi pour le côté relationnel, on doit leur parler, les rassurer, les écouter, répondre à leurs attentes.

H : Comment le perçoivent-ils ?

M : Il y a des patients qui sont très réceptifs à ce qu’on leur dit et ça dépend aussi de la manière dont l’infirmière va aborder les choses. Il y a plein de facteurs qui rentrent en jeu, l’âge du patient, son caractère, sa souffrance...

H : Y a-t-il une sensibilisation ou une pédagogie par rapport à ça ?

M : On peut orienter le patient vers des associations ou vers un soutien psychologique, il y a des équipes mobiles de psychologues et d’infirmiers en psychiatrie qui viennent aussi voir les patients afin de les aider à surmonter cette épreuve, c’est vraiment un travail de collaboration.

H : La différence entre le corps intime et le corps à guérir est-elle toujours évidente ?

M : En cours on nous apprend à faire la part des choses. À différencier vraiment la nature du corps et le corps que l’on a à guérir. C’est vrai que l’on est amené à soigner des corps abîmés. C’est difficile pour nous car on ne doit pas faire de transferts psychologiques et ce n’est pas toujours évident. Il arrive que l’on s’attache à la personne et que l’on n’arrive pas à prendre la distance suffisante pour ne pas lui faire voir que l’on est affecté par ce qui lui arrive. Mais en général, il y a toujours un autre membre de l’équipe médicale à qui l’on peut passer le relais.

H : Pendant l’apprentissage est-ce que la relation au corps intime est abordée ?

M : Oui, à l’école déjà, pendant les stages. Je me souviens la première fois que j’ai fait une toilette ça ne m’a pas choquée mais j’étais interpellée de voir cette proximité que l’on a avec les patients. Les métiers paramédicaux sont peut-être les rares métiers où l’on va être amené à toucher un corps nu et sans défense, c’est assez difficile au début.

H : Au quotidien comment est-ce abordé avec le personnel soignant ?

M : On en parle souvent entre nous, ça nous évite de tout garder à l’intérieur et de ne pas se sentir bien après. Mais il faut prendre en considération que c’est notre métier de prendre en charge les patients et de nous occuper de leurs corps.

H : Avez-vous déjà vécu des situations gênantes pour vous ou un patient ?

M : Lors des toilettes on est souvent confronté à des situations gênantes, surtout quand le patient a le même âge que nous. Ils n’ont pas l’habitude de se faire laver. Si le patient est un homme aussi et que cela est fait par une jeune fille, c’est gênant pour eux. À l’école, on nous a appris les techniques pour mettre le patient à l’aise. Après si le patient refuse on peut toujours passer le relais à un infirmier. Avec les patients plus âgés, c’est un autre contexte, certains nous disent vous pourriez être ma fille, cela peut les gêner, on essaye de faire abstraction et de leur expliquer que nous sommes des soignants avant tout. Mais en règle générale cela se passe plutôt bien.

H : En dehors des soins et des traitements liés au handicap y a-t-il une réflexion menée afin d’appréhender le corps d’un patient que ce soit de la façon de lui parler de son corps ou de le traiter ?

M : Nous avons travaillé ça à l’école d’infirmières. À l’hôpital ils proposent quelques formations basées sur le corps. Ce n’est pas forcément évident. Pour être honnête on y va plutôt au feeling, selon le contact que l’on a avec les gens, on essaye de faire avec ça. Il est vrai que ce serait bien de faire plus de formations adaptées pour évoluer plus facilement dans ce métier.

H : Pensez-vous qu’il y a une possibilité en milieu hospitalier de mener un travail sur le bien-être corporel du patient ?

M : Oui bien sûr, c’est ce que l’on fait tous les jours, c’est le principal projet de notre métier d’ailleurs. En formation c’est notre première compétence à valider, le bien-être des patients. C’est vraiment la base de notre travail, le rôle propre de l’infirmier, favoriser le bien-être du patient absolument tous les jours .

H : La personne et son corps ne font qu’un et il est parfois reproché aux personnels de santé de considérer le patient comme un corps malade à réparer qu’en pensez-vous ?

M : Justement non, plus maintenant, avant oui c’était comme ça, mais maintenant la médecine a évolué et on nous apprend à prendre en charge le patient dans sa globalité. Pour moi, heureusement c’est quelque chose qui n’existe plus car on prend tous les facteurs en compte et non pas seulement le corps à guérir ou à soigner. Il y a des nouvelles lois aussi comme le droit du patient et nous n’avons vraiment pas le droit de penser uniquement au corps du patient.

H : Est-ce que la relation à des corps abîmés soulève des questionnements à la relation à votre propre corps ?

M : Bien sûr, en plus dans mon service on a affaire à des accidentés de la route. Dans la vie de tous les jours ça nous amène à nous questionner, on va peut-être faire plus attention car on connaît les risques que ça comporte et les issues où cela peut conduire. Ça nous apprend à réaliser les conséquences d’un accident et apprécier peut-être un petit peu plus la vie et la chance d’en profiter avec un corps valide.


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