Avertissement: Ce site n'est plus maintenu à jour. Vous pouvez continuer à le consulter en archive.
Le portail du handicap à Marseille

Le magazine

Le dossier

Le guide

L’annuaire web

L’agenda

Quand les vacances ne sont plus qu’un souvenir

Aide à domicile depuis 7 ans, Joëlle ne prend pas de vacances cet été, en effet le travail ne manque pas ! Elle nous brosse un tableau plutôt sombre des vacances à domicile que passent les personnes âgée et/ou en situation de handicap chez qui elle intervient. Des étés nostalgiques qui se suivent et se ressemblent, le souvenir des vacances passées devient la seule évasion. Alors si l’on pouvait développer un service d’aide à la balade ce serait déjà une grande avancée !

3. Quand les vacances ne sont plus qu'un souvenir

Handimarseille : Voulez-vous vous présenter s’il vous plaît ?

JG- : Je m’appelle Joëlle Gueye, j’ai 32 ans et je suis aide à domicile dans une association "La Joie de Vivre" [1]. Cela fait un an que j’ai intégré cette association et ça fait 7 ans que je fais ce métier.

H- : Combien de bénéficiaires avez vous ?

JG- : Alors actuellement j’ai prés de 6 bénéficiaires. Il y a des personnes chez qui je vais intervenir 2 fois par semaine et d’autres une fois par semaine. Et je fais en général des interventions de 2 heures.

H- : Parmi ces bénéficiaires, combien d’entre eux prennent des vacances ?

JG- : Je n’en ai qu’une qui tous les étés essaye de partir rejoindre son copain en Bretagne.

H- : Et les autres ?

JG- : Les autres manquent de moyens, ils ne peuvent pas partir en vacances.

H- : C’est la seule cause ?

JG- : Il y a aussi les problèmes de santé, mais les personnes chez qui j’interviens n’ont pas un lourd handicap. Je dirais que c’est principalement un problème financier. L’autre problème c’est l’isolement. Beaucoup de ces personnes ont une famille qui les a un peu délaissé en fait.

H- : Donc vous avez plus ou moins de travail pendant ces périodes de vacances ?

JG- : L’association a beaucoup aussi d’aides à domicile qui partent en vacances donc il faut remplacer absolument. On sait que quand c’est les vacances d’été, il y a beaucoup de structures administratives qui partent en vacances. On essaye de recruter un maximum de personnes pour aider parce que c’est là où on en a le plus besoin. Ce qui fait que c’est vrai l’été on a plus de travail.

H- : Vous recevez des recommandations de la part des familles, de la part de votre structure ?

JG- : On reçoit plus de recommandations de la part de la structure, pas des familles parce que on n’est pas en contact direct avec les familles. En général les familles préviennent les supérieurs hiérarchiques, pas nous. Mais il y a peu d’interventions des famille. J’ai l’impression que pour la famille c’est un poids de s’occuper d’une personne qui a une mobilité réduite ! Je pense que la famille se décharge au maximum parce que c’est très lourd à gérer.

H- : Mise à part l’aide technique, quelles sont les attentes des bénéficiaires ?

JG- : C’est rompre avec la solitude, c’est la relation qu’on va tisser avec elle. Elles nous attendent ! Vite, vite ! Elles sont pressées de nous voir pour savoir ce qui s’est passé le week-end, la semaine : "Qu’est ce que vous avez fait ?" "Vous êtes sortie ?" " Est ce que vous avez vu de nouvelles choses dehors ?" Parce que c’est vrai qu’à une certaine époque je travaillais chez une dame, elle ne pouvait pas marcher et elle habitait dans un immeuble où il n’y avait pas d’ascenseurs donc ça faisait bien 7 ans qu’elle était enfermée chez elle sans ...

H- : Qu’elle ne sortait pas ?

JG- : Qu’elle ne sortait pas de chez elle. Et malheureusement elle était seule. Et sa fille elle était en Suisse, elle travaillait en Suisse. Donc c’est vrai que quand j’allais chez cette dame, de suite j’étais prise d’assaut !

H- : Vous étiez le seul contact avec l’extérieur !

JG- : Seul contact avec une aide soignante et bien évidemment le personnel médical comme médecin, pharmacien voilà, c’est tout !

H- : Donc si je comprends bien la plupart du temps, bien souvent ces personnes n’ont aucun contact avec l’extérieur si ce n’est le réseau médico-social ?

JG- : C’est ça ! C’est ça !

H- : Avez vous la sensation que l’attente de vos bénéficiaires change en période de vacances ?

JG- : Oui ! Elle change parce qu’elles sont habituées à avoir une aide à domicile, on va dire par exemple pendant trois ans ou quatre ans dès que le moment des congés, il y a des remplacements qui sont mis en place. Mais souvent ces personnes comme elles sont habituées à avoir leur propre aide à domicile, il y a une relation de confiance qui se crée. Quand on part en vacances, elles ont peur de recevoir une nouvelle personne juste pour un remplacement. J’ai eu beaucoup de personnes qui n’ont pas voulu de remplacements parce qu’elles étaient habituées et elles voulaient pas changer d’aide à domicile surtout quand ça se passe bien.

De plus pendant les périodes de vacances elles sont souvent un peu plus stressées, elles savent que tout le monde part en vacances, leur famille ne sera pas là s’il y a un gros problème. Donc souvent il faut rassurer la personne.

H- : Est ce que vos bénéficiaires se plaignent de ne pas partir en vacances ?

JG- : Beaucoup ! Parce qu’elles ne peuvent pas rompre avec la monotonie quotidienne. De plus quand elles étaient plus jeunes, malgré le handicap, les parents les emmenaient en vacances. Au fur et à mesure le handicap a pris le dessus et donc elles pouvaient plus. C’est difficile, elles racontent leur vacances passées. Elles vivent les vacances dans le souvenir, mais elles ne partent plus. Il n’y a pas de perspectives, c’est assez dur.

H- : Comment est le moral de vos bénéficiaires en été ?

JG- : En été il est au plus bas. En hiver encore ça passe parce qu’en hiver on a tendance tous à rester à la maison mais l’été c’est vrai que c’est les beaux jours, c’est le soleil, tout le monde a besoin de soleil, tout le monde a besoin de lumière. On dit que c’est bon pour la santé et que ça permet de ne pas déprimer et que c’est un anti - stress et c’est vrai que ces personnes là qui sont quasiment enfermées n’ont pas beaucoup de soleil, ne sortent pas, ne voient pas ce qui se passe à l’extérieur donc ça leur met le moral au plus bas.

H- : Est ce que ils leur arrivent de vous demander de les aider à sortir par exemple ?

JG- : Il nous arrive d’avoir affaire à des personnes qui veulent sortir mais nous en tant qu’aide à domicile, on ne peut le faire que si on a l’accord de l’association. Bien évidemment si la personne est valide et qu’elle peut marcher, on peut l’accompagner chez son médecin ou aller boire un café, ce n’est pas interdit. Mais pour une personne qui est handicapée là c’est différent, il faut faire appel à l’association qui peut mettre aussi en place un moyen de locomotion mais qui sera bien évidemment facturé en plus. Après on peut se renseigner sur des associations de bénévoles qui peuvent proposer des activités en dehors, parce que la personne ne peut pas se payer ce service.

H- : Parmi vos bénéficiaires combien il y en a-t-il qui ont un ordinateur ? Qui sont en contact avec le monde du Web et du multimédia ?

JG- : J’ai beaucoup de personnes qui ont un ordinateur, ils ont internet mais ils s’en servent pas plus que ça ! Je pense qu’internet ça touche plus la jeunesse en fait et c’est vrai que surtout qu’internet c’est un peu difficile, les ordinateurs tout ça !
Ce qui serait bien c’est qu’on mette en place des ordinateurs faciles d’accès, tactiles par exemple, qu’on s’en serve un peu comme des téléphones portables. Certaines personnes sont perdues et n’arrivent pas à utiliser certains matériels parce que c’est trop compliqué pour eux. Qu’ils puissent faire en sorte qu’il y aient des personnes d’associations spécialisées sur internet qui viennent leur expliquer comment se servir de leur matériel. Parce que beaucoup de personnes ont internet chez eux mais ne savent pas s’en servir. Ce qu’ils font le plus c’est regarder la télé par le câble, parce qu’il y a des chaînes en plus voilà, mais ils ne se servent d’internet.

H- : Vous, vous partez en vacances en été ?

JG- : Cette année non, manque de pot ! Mais en général oui ! En général je préfère prendre mes vacances l’été plutôt que l’hiver ! Mais c’est très difficile parce qu’il y a eu beaucoup de demandes. Je pense qu’ils privilégient les personnes qui ont des enfants ! Je les prendrai plus tard...

Notes

[1] La Joie de Vivre est une association à but non lucratif, régie par la Loi de 1901. Créée en 1973, elle propose des services d’aide à domicile pour les personnes ...


Vous avez trouvé cet article intéressant ou utile, votez :
1 vote

Le magazine > Témoignages

Un feignant comme les autres

Un feignant comme les autres

Jérôme Miller, 33 ans, est atteint depuis la naissance d’une forme de polyo qui touche tous les muscles inférieurs. Pour lui, il est essentiel de ne pas être mis à l’écart de la vie "normale".

Voyage d'un petit prince

Voyage d’un petit prince

Charly Valenza, Vice Président de l’association Choisir sa Vie, nous fait partager ses émotions, inattendues, émouvantes révélées par son voyage lointain dans le Sahara.

Dolorès Lina Torrès, la voix militante d'Arpsydemio

Dolorès Lina Torrès, la voix militante d’Arpsydemio

Entretien avec le Docteur Dolorès Lina Torrès, psychiatre présidente de plusieurs associations parmi lesquelles Arpsydemio, qui vise à informer sur les troubles psychiques.

Les portes, je les défonce d’entrée !

Fred est un rebelle en fauteuil, dont le corps est aux deux tiers paralysé. Par son refus d’être traité d’invalide, il rejette en bloc toutes ces idées qui en font un homme diminué.

Comme tout le monde

À l’âge de quatre ans, Joëlle a été placée dans une institution. Quarante années ont passé et elle s’attache à tirer le meilleur de sa condition.

En marge

Christian, la cinquantaine, est contraint de se déplacer en fauteuil roulant depuis quatre ans. Malgré son dynamisme il se sent marginalisé par son handicap.

Entre mots et maux

Joëlle Scalas, trente-trois ans, est née IMC (Infirme Moteur Cérébral). Avec dignité, elle relate son intégration dans un centre spécialisé depuis ses trois ans.

J’ai laissé mon handicap derrière moi...

Yan, trente et un ans, s’interroge sur les problèmes matériels et relationnels au quotidien qui le renvoient à son passé douloureux...

Constance en toutes circonstances

Entretien avec Constance, Infirme Moteur Cérébral (IMC) suite à sa prématurité. À 24 ans, elle mène son combat pour essayer de vivre son quotidien en diversifiant ses activités.

De la lucidité à l’espérance

Christian, 45 ans, vit en institution depuis trente ans dont vingt-six années passées dans un centre spécialisé à Marseille. Il dénonce l’incompréhension des pouvoirs publics.

Commentez cet article
avec facebook
Creative Commons License handimarseille.fr, le portail du handicap à Marseille (www.handimarseille.fr), développé par Résurgences, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
Plan du site
Site propulsé par l'Atelier du code et du data, chantier d'insertion numérique