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Atelier de l’EuroMéditerranée à l’hôpital Montperrin

La capitale européenne se prépare depuis plusieurs années, déjà, avec les Ateliers de l’EuroMéditerranée. Des artistes investissent des lieux où on ne les attend pas habituellement et présentent leurs œuvres tout au long de l’année 2013.
L’artiste Dora Garcia, en partenariat avec 3bisF, est en résidence à l’hôpital psychiatrique Montperrin et propose une série d’ateliers ouverts aux patients visiteurs, personnels hospitaliers, tous invités à converser sur des sujets tels que le crime, le rêve... Les séances filmées sont la matière première d’une œuvre protéiforme qu’elle présentera en octobre 2013. Elle ouvre une réflexion sur la relation entre déviation du langage et avant garde en mettant notamment en lumière la matière poétique qui se dégage des troubles du langage que sont l’aphasie et la dysphasie.

Désordre

Handimarseille : Pouvez-vous vous présenter ?

Dora Garcia : Je m’appelle Dora García, je suis artiste visuel et j’habite à Barcelone en Espagne.

H : Vous êtes invitée à participer à MP 2013 dans le cadre des Ateliers de l’EuroMéditerranée avec le projet Désordre. Vous êtes en résidence au sein de l’hôpital psychiatrique Montperrin en partenariat avec 3bisF, qu’est-ce qui vous a amené à proposer cet atelier et que cherchez-vous à interroger ?

D.G : Depuis toujours, dans mon travail, je me suis intéressée à la relation entre déviations du langage et avant-garde, ou, en utilisant des termes plus dix-neuvième siècle, la relation entre folie et génie. Cette idée a marqué le XXe siècle, avec le surréalisme, le situationnisme, le dada, mais aussi les relations entre art et politique et histoire, comme l’exposition du national-socialisme en Allemagne « Art dégénéré », les notions de outsider art, et la révolution psychiatrique des années soixante-dix.
Depuis l’année 2009, je travaille en étant plus focalisée sur ces idées, avec des films, des publications, et des conversations en public.
Dans mon travail à l’hôpital Montperrin, je cherche à comprendre comment fonctionnent les associations d’idées dans une conversation entre sujets avec et sans expérience psychiatrique. C’est donc un atelier ouvert aux patients, aux visiteurs, ou membres du personnel. Je souhaite que la parole soit ouverte à tous sans distinction, sans hiérarchisation.

H : Vous avez réalisé une première session d’atelier mi-janvier mêlant ces différents publics (patients, personnels hospitaliers et visiteurs) quelles consignes leur avez-vous données ?

D.G : J’ai proposé deux sujets de discussions, avec des liens profonds entre les deux : rêves et crimes, à partir de deux livres d’avant-garde, Finnegans Wake de James Joyce, et Soixante-cinq rêves de Franz Kafka, de Felix Guattari. Ce sont des ouvrages sur lesquels je travaille en ce moment et qui abordent des questions qu’il m’intéressait de soumettre, comme la question de la frontière entre rêves et réalité, peut-on vivre comme on rêve ?.. Les questions du langage qui en découlent, est-ce que l’on peut parler comme dans un rêve, toute la complexité du langage et de ses formes ?

H : Comment s’est déroulé l’atelier, avez-vous été étonnée par ce qui s’est produit ?

D.G : Bon, j’ai dû changer mes idées de départ, parce que bien sûr, les participants ont leurs propres idées et envies concernant ce sur quoi on parle et dans quel ordre.
Notamment, j’avais l’idée de les faire dialoguer entre eux et je me suis rendue compte qu’ils voulaient parler avec moi et pas seulement entre eux. Je voulais me mettre à l’écart, mais la place qu’ils m’attribuaient était au centre. Il fallait que je sois l’autre partie du dialogue.
J’ai essayé de « m’adapter pour survivre ». Ça a bien marché.

H : Les autres ateliers auront-ils lieu sur le même mode, allez-vous changer les scénarios ?

D.G : Non, c’est toujours la même idée, avec la différence qu’on utilise le matériel des sessions précédentes pour les nouvelles conversations.

H : Cette expérience du milieu hospitalier est-elle une première pour vous ? Aviez-vous déjà travaillé avec des personnes ayant des troubles psychiatriques ? Que retirez-vous personnellement du travail avec ce public ?

D.G : Oui, j’ai déjà travaillé avec des gens, comme on dit avec de « l’expérience psychiatrique » - ce qui ne veut pas dire qu’ils sont troublés au moment de travailler avec moi. Bien évidemment, s’ils ne se sentent pas bien, ils ne participent pas, donc je n’ai jamais travaillé avec des gens « en troubles psychiatriques ». Je travaille avec des gens qui ont eu différentes relations (en tant que médecins, infirmiers, sympathisants, ou ex-patients) avec la psychiatrie.
J’œuvre avec eux de la même manière, exactement qu’avec tout le monde, qu’avec n’importe quelle sorte de collectif ; avec la différence que l’on partage des intérêts communs : comprendre quelque chose qui est difficile à comprendre.

Comme je disais ce qui m’anime dans ce travail c’est quelque chose qui peut se rattacher au questionnement de la relation entre folie et génie. Ce n’est pas pour moi qu’il y ait un lien, une relation que l’on puisse définir de manière évidente, non, c’est plutôt une relation qui serait une manière de penser « autre », une façon de réfléchir alternative, c’est ce qui m’intéresse. Voir aussi la résistance qui naît de cette manière de penser « autre » et vice-versa.

Ce à quoi je suis particulièrement attentive c’est à la forme du langage et notamment dans « la folie », je vais m’intéresser aux troubles du langage qui peuvent y être associés, comme l’aphasie et la dysphasie, qui ne sont pas des troubles psychiatriques mais qui peuvent y être associés dans certains cas. Pour moi, il y a une relation entre pathologies du langage et poésie. Et cette matière poétique que je perçois, je cherche à la mettre en lumière à la donner à voir à travers les œuvres que je produits.

H : Pourquoi « Désordre » comme titre de votre projet ?

D.G : C’est la façon dont on décrit le désordre de la pensée pour les patients psychiatriques. Le désordre c’est quelque chose de très positif pour moi.

H : Avez-vous déjà une petite idée de l’œuvre finale que vous allez présenter ?

D.G : Ce sera un film. On enregistre les sessions.


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