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Voyage à travers les 5 sens

Entretien avec l’association Artesens.

Artesens, association aixoise, organise des expositions itinérantes tournées vers un public voyant et non voyant. Françoise Reynette, sa fondatrice, nous en révèle un peu plus sur l’univers des musées et sa participation à l’accès à la culture pour tous.

Voyage à travers les 5 sens

HandiMarseille : Comment est née l’association Artesens ?

Françoise Reynette : Les fondements d’Artesens reposent sur mon expérience de 15 années de recherches et de pratiques en muséologie dans deux lieux représentatifs de l’interactivité : la Cité des sciences et de l’industrie de la Villette et le Musée en herbe à Paris. Les parcours muséographiques que j’ai eu l’occasion de mettre en place m’ont permis d’étudier différentes formes de transmissions interactives du savoir. Les idées d’une muséographie basée sur les sens, les rêves de partage et de rencontre avec des publics de tout horizon, un enthousiasme de création, le désir d’offrir une nouvelle façon d’approcher les œuvres d’art et de la nature m’ont amené à fonder l’association Artesens en 1995.

H : Qu’est-ce qui vous a amené à vous impliquer dans le monde du handicap et de l’art ?

F.R : Je me suis principalement intéressée aux enfants et aux personnes handicapées car ce public est très captif au niveau des sens, et nécessite des supports muséographiques vivants, comprenant des messages clairs, compréhensibles. J’ai découvert que la prise en compte du public handicapé notamment des personnes aveugles et malvoyantes et leur association avec un public enfant, permettait non seulement de rendre un contenu et une forme accessible à tous, mais de mettre sur pied une muséographie nouvelle principalement accès sur la plurisensorialité. _ L’autonomie d’Artesens de part notre structure associative m’a permise d’aller le plus loin possible dans la démarche tout en m’entourant des compétences nécessaires, à savoir la caution scientifique de conservateurs et le concours de spécialistes.

H : Quel type de public trouve-t-on lors des expositions ? Retrouvez-vous des personnes d’un événement à l’autre ? Et dans ce cas, comment entretenez-vous le lien avec votre public tout au long de l’année ?

F.R : Les expositions d’Artesens touchent à la fois le public scolaire, le public familial, les différents types de handicap, visuel, moteur, auditif, mental, et tout type de publics. Nous avons nos habitués qui reviennent systématiquement à chaque exposition surtout lorsqu’elles sont présentées dans la région Provence-Alpes-Côte-d’Azur. Car nos expositions voyagent dans toutes les régions de France. Nous entretenons le lien avec notre site internet et nous envoyons régulièrement notre programme par mail à notre réseau de contacts.

H : Comment choisissez-vous les lieux pour les expositions ? Quels sont les critères principaux de vos choix ?

F.R : Ce sont plutôt les lieux qui nous choisissent parce que nous avons cette ouverture avec les publics enfants et handicapés et l’accès aux œuvres par le toucher. Nous allons dans les musées, les médiathèques, les centres culturels et les lieux culturels des collectivités territoriales. Nos expositions sont présentées aussi bien dans des musées prestigieux que des petits centres situés dans des zones géographiques plus isolées. Nous allons dans des festivals de l’enfance et de la jeunesse qui intègrent le public handicapé, nous présentons nos expositions dans des centres de détention, etc. Notre équipe encourage toujours les lieux d’accueil pour recevoir le public handicapé.

H : Quelle définition donneriez vous de l’exposition idéale selon vos critères ?

F.R : L’exposition idéale est une exposition prenant avant tout du plaisir dans la découverte.

H : Qui sont les artistes qui réalisent les œuvres exposées par Artesens ? Certains d’entre eux sont-ils eux-même handicapés ?

F.R : Les artistes sont des plasticiens qui travaillent différentes matières : bois, textile, résine. Ils adaptent leur matériau et leur technique afin d’effectuer des réalisations tactiles. Il arrive que nous travaillons avec des artistes handicapés comme Claude Garrandès de l’association Arrimage à Nice.

H : Est-ce que la confrontation au public handicapé a fait évoluer votre travail au fil des expositions et dans quelle mesure ?

F.R : C’est la base même de notre travail. C’est pour cela que nous avons créé Artesens afin d’offrir des expositions qui soient totalement accessibles physiquement, intellectuellement et esthétiquement au public handicapé.

H : Comment les personnes réagissent-elles face aux œuvres qui éveillent leurs sens ? Les réactions des personnes handicapées et des valides sont-elles réellement différentes ?

F.R : Les personnes réagissent en fonction de leur personnalité propre. De façon générale les enfants vont plus saisir l’aspect ludique de la découverte alors que les adultes vont avoir une exploration tactile plus approfondie. Les adolescents sont un public particulièrement captif. Une même pièce regroupe plusieurs sources d’intérêt, sollicite des regards et des utilisations différentes.
L’accès des œuvres d’art au public voyant et malvoyant permet un accès à tout âge et tout type de population. Cette action permet d’établir des liens entre les différentes générations et les diverses classes sociales, de dresser des ponts, des passerelles entre les enfants, les adultes, les personnes âgées.
Il est intéressant de parler de l’impact sur les voyants : les enfants comme les adultes se prêtent facilement à une découverte dans le noir en se bandant les yeux. Pour la plupart cette expérience d’intériorisation agit sur différents plans : une prise de conscience d’une nouvelle façon de percevoir par le toucher et une dextérité à découvrir pour ce sens trop inusité. Une perception de l’univers du malvoyant qui parfois inquiète et suscite de nouveaux repères. Lorsque les voyants et non voyants visitent en même temps, la sensation d’intégration des uns et la découverte de nouveaux modes de perception des autres est un moment important de rencontres.

H : Avez-vous eu écho de personnes qui après cette expérience se seraient mises elles-même à pratiquer une activité artistique ?

F.R : En général ce sont des personnes qui ont déjà une activité artistique et l’expérience va leur donner un élan pour aller plus loin.

H : Le travail sur le développement et la stimulation des sens se conjugue-t-il avec une approche plus culturelle, une pédagogique particulière des mouvements artistiques et de l’histoire de l’art ?

F.R : Il existe de nombreux chemins permettant accéder à la culture et à l’art. Le projet d’Artesens propose une approche à la fois pédagogique artistique et culturelle pour découvrir les œuvres d’art. Il ne suffit pas de reproduire tactilement une œuvre pour remplir ces trois missions. Il faut d’abord acquérir une grande connaissance de l’œuvre à un niveau intellectuel et une profonde aptitude sensitive avant d’envisager de la transmettre par un biais sensoriel. Ce travail résulte de multiples strates de recherches et d’expériences conjuguées.

Propos recueillis par Karine Miceli.
La photographie est extraite du site de l’association Artesens.

Voir en ligne : Association Artesens


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