Le 4 juin dernier s’est tenu à l’Alcazar le colloque « Handicaps : si on parlait vie sexuelle ? » organisé par la Ville de Marseille. Ce sujet sensible et controversé dont on parle tant depuis quelques mois, et depuis que le Comité consultatif national d’éthique a ouvert la voie en faisant part de ses recommandations en 2012, questionne beaucoup mais semble n’apporter que peu des réponses incertaines et parcimonieuses.
Face à ces doutes, effectivement, l’intitulé est bien posé, si on parlait vie sexuelle ?. Commençons par en parler, mettre à plat les approches éthiques, juridiques et déontologiques dans un premier temps, histoire d’y voir un peu plus clair, à défaut d’être prêts aujourd’hui à apporter des solutions concrètes.
Et même s’il est aussi difficile d’en parler, au moins les tabous tombent doucement.
Norbert Campagna, professeur associé de philosophie à l’Université
du Luxembourg, a présenté une approche éthique de la question : La
sexualité des personnes handicapées, pourquoi est-il si difficile d’en
parler ?
Depuis plusieurs années nous dit-il, on observe une évolution certaine
concernant la sexualité des personnes handicapées. Certaine requêtes
des personnes handicapées ayant été satisfaites cela permet de se
tourner vers d’autres questions comme la sexualité.
Cependant il distingue encore cinq facteurs d’empêchement d’une évolution
favorable :
Norbert Campagna soulève donc la nécessité pour tous et chacun de
réfléchir à sa propre sexualité, de pouvoir la problématiser.
Il nous invite à réfléchir à l’importance accordée à la
sexualité dans notre culture, une société hyper sexualisée où chacun se doit de s’y épanouir. Également une sexualité happée par le système économique dont la mainmise des grands groupes empêche la réflexion !
Du côté juridique, autour de la question Quelles évolutions du droit pour l’expression et l’épanouissement de la sexualité des personnes handicapées ?, Géraldine Chapurlat, formatrice juriste consultante, revient sur le droit français et l’accompagnement sexuel et les recommandations du CCNE.
Le CCNE précise : La reconnaissance d’une assistance sexuelle professionnalisée, reconnue et rémunérée, nécessiterait un aménagement de la législation prohibant le proxénétisme. La seule mise en relation de la personne handicapée et de l’aidant sexuel peut effectivement être assimilée à du proxénétisme qui, rappelle le CCNE, dans le code pénal figure dans la section intitulée Les atteintes à la dignité humaine. Et de souligner : Si une chose est interdite pour tout le monde, pour des raisons éthiques, il semble difficile d’envisager qu’elle soit autorisée dans le cadre d’initiatives individuelles et seulement au profit de certaines personnes.
Mais le CCNE reconnait tout de même que si l’infraction pénale est avérée elle peut bénéficier d’absences de poursuites pénales, le CCNE suscite ainsi certaines initiatives.
La question de l’accompagnement sexuel en France reste encore indissociable de la question de la prostitution, bien que des voix s’expriment au-delà de ça et que certains pays voisins montrent l’exemple apparemment sans problèmes éthiques ou juridiques.
Pour François Crochon, sexologue clinicien à Villeurbanne, c’est le témoignage des personnes concernées qui importe avant tout et qui est absolument nécessaire. C’est avant tout la personne en situation de handicap qui est experte de sa propre vie.. Et il nous met en garde contre le phénomène de sur-protection : en effet, à trop vouloir le « bien » des personnes on peut aussi les sur-handicaper en les vulnérabilisant d’avantage. Ayant théoriquement tous les mêmes droits, nous avons aussi le droit à l’échec dans la vie sexuelle et affective pour nous permettre de progresser.
François Crochon insiste sur le fait qu’il faut « libérer la parole ». Libérer la parole c’est libérer la pensée, et aller au delà des peurs et des craintes évoquées.
François Crochon est également chef de mission au CE.R.H.E.S. (Centre ressources handicaps et sexualités) de Villeurbanne, qui développe des outils adaptés et des recherches appliquées sur le handicap, notamment par le biais de formations et la sensibilisation (professionnels, personnes en situation de handicap, bénévoles....).
Les témoignages des personnes en situation de handicap, lors de cette rencontre, semblent assez significatifs et auraient mérités d’occuper une place plus centrale. Ainsi cette éducatrice qui poursuit une interrogation et un cheminement depuis quelques mois sur le thème de la sexualité au sein de son établissement, La Chrysalide, nous montre un petit film où sont questionnés quelques résidents. En réponse à la question « qu’est-ce que c’est pour toi la sexualité ? », seules la protection et la contraception sont évoquées, ainsi que la crainte des MST. Il y aurait un échec de l’éducation sexuelle. On ne parle pas du plaisir ou du désir. Le débat reste encore fermé.
Il y a aussi le témoignage de ce couple IMC (infirme moteur cérébral). Ils vivent ensemble grâce à la formule HandiToît et nous racontent les difficultés de leur parcours en institution. Les instituts ne favorisant en général pas cette relation, ils ont pu commencer à s’épanouir grâce au soutien et à la « complicité » de certaines personnes.
Était également présente Vivette Chomat, formatrice en travail social à Marseille, qui souligne qu’il y a un véritable travail d’apprentissage à effectuer, car on parle de sexualité pour les adultes mais il est vrai que tout cela est un cheminement qui se construit depuis tout petit.
Au niveau des initiatives et des ressources sont intervenus Le Tamanoir, sous la houlette du professeur et conseiller Piotr Illitch Mandragora, le CO.DE.S 13 (comité d’éducation pour la santé), représenté par Anne Reinert, psychologue, qui propose des outils pour l’accompagnement des équipes et met en place des espaces de parole, le Planning familial 13 avec la comédienne Chloé Martinon et la conseillère Chloé Lemoult, qui nous présente une expérience originale, le théâtre comme tiers dans l’éducation sexuelle et comme moyen de dialogue, l’association ASEXYBILITÉ de Marseille qui œuvre pour favoriser les rencontres et lutter contre l’isolement, et Mireille Dechelette, infirmière à l’IME Le Colombier de la Roque d’Anthéron qui s’inspire d’un modèle canadien d’ateliers d’éducation sexuelle pour enfants et adolescents.
A côté de ces approches, les réalités physiques concrètes ne percent pas réellement. Les principaux concernés, experts de leur propre vie, n’ont pas été assez sollicités. De ce colloque qui a le mérite de porter le débat à l’ensemble de la population, une conclusion semble se détacher « la réflexion doit se poursuivre pour évoluer et pour trouver des solutions nécessaires, adaptées et concrètes ! »
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