Avertissement: Ce site n'est plus maintenu à jour. Vous pouvez continuer à le consulter en archive.
Le portail du handicap à Marseille

Le magazine

Le dossier

Le guide

L’annuaire web

L’agenda

Ce n’est pas une question de handicap !

La fac c’est comme pour tout, il faut travailler.

Étudiant handicapé en première année de droit à Marseille, Vincent dispose d’une facilité d’adaptation sans égale dans un environnement totalement adapté à ses besoins. Sans obstacles, son fauteuil roulant le mène de salle en salle comme sur une autoroute. Évoluant au milieu de personnes dévouées et attentives, il est si heureux et s’est si bien intégré qu’il en oublie un peu son travail et... redouble son année !

Handimarseille : Pourriez-vous commencer par vous présenter ?

V. - Je m’appelle Vincent, j’ai 19 ans et je suis étudiant en première année à la Fac de droit qui se situe en haut de la Canebière.

H. - Quel est votre handicap ?

V. - J’ai la maladie des Os de verre ou de Lobstein et donc je me déplace en fauteuil.

H. - Quel a été votre parcours scolaire jusqu’à maintenant ?

V. - J’ai eu un parcours scolaire normal. Je suis rentré à la maternelle dans un établissement catholique qui n’était pas particulier ou spécialisé dans le handicap. J’y étais bien, j’y ai fait toute ma scolarité, je n’ai pas redoublé, et j’ai eu mon bac en 2009. L’année dernière, j’ai découvert les joies de la Fac et de la fête tous les jours. Par conséquent, je redouble ma première année.

H. - Avez-vous déjà été confronté à des difficultés durant votre parcours scolaire ?

V. - Non, pas tant que ça ! J’ai toujours été bien entouré soit par mes amis, l’école ou la Fac, qui m’ont toujours aidé afin que je puisse faire à peu près tout comme tout le monde. Même si, quand les autres faisaient du saut à la perche durant les séances de sport je n’en faisais pas, on est bien d’accord. Mais sinon, je faisais quasiment tout comme tout le monde. Il n’y a pas de soucis là -dessus.

H. - Comment appréhendez-vous la rentrée universitaire ?

V. - Bien, parce que j’ai retenu de ma première année qu’il fallait travailler. Je sais que mon handicap ne sera pas un désavantage ou un problème. La Fac c’est comme pour tout, ce n’est pas une question de handicap, il faut travailler. D’autant plus que certains organismes sont là pour m’aider, notamment pour mon fauteuil. Mis à part cela, il n’y a aucun soucis. Je n’ai aucune appréhension.

H. - Quels organismes vous aident ?

V. - Par exemple, pour aller de chez moi à la Fac, le Conseil Régional a mis en place un véhicule qui s’appelle Mouv’idées et qui transporte les étudiants en situation de handicap à la Fac et les raccompagne le soir, si ils en ressentent le besoin. Cela constitue un avantage énorme, de ne pas payer un taxi ou mobiliser mes parents ou mes amis.

H. - Habitez-vous à proximité de la Fac ?

V. - Je n’habite pas très loin. Quand je fais le trajet seul à pied, je mets 20/25 minutes, mais bon j’arrive crevé à la Fac. C’est pourquoi je préfère prendre la voiture, c’est plus sympa.

H. - Habitez-vous dans une cité universitaire ?

V. - Non, je n’habite pas dans une cité universitaire. J’habite encore chez mes parents.

H. - Avez-vous eu des craintes par rapport à la première année universitaire ?

V. - L’année dernière j’avais une petite crainte, parce que je ne savais pas comment ça allait se passer par rapport à mon handicap. D’autant plus que je n’avais jamais changé d’établissement. J’avais toujours été dans le même, de la maternelle à la terminale. C’était la première fois que je changeais vraiment d’environnement. En fait, les gens sont sympa, on rigole bien, même l’enseignement est intéressant. Mais au final, c’est comme pour tout, il faut travailler. Il faut que j’étudie sérieusement cette année.

H. - Saviez-vous qu’il existait une cellule handicap à la Fac ?

V. - On m’a prévenu de cela l’année dernière. Le jour où je me suis inscrit, on m’a pris en main directement en me disant : "Oui, vu que vous êtes en situation de handicap, si vous avez des problèmes pour aller là , pour faire ceci, pour faire cela...". On m’a bien tendu la main, on m’a guidé et du coup j’ai rarement eu des problèmes par rapport à mon handicap. Par exemple, si un jour je me casse la jambe et que je m’absente un mois, je sais que je pourrais obtenir les cours ou un soutien de la Cellule Handicap. À ce propos, on m’a bien tout expliqué.

H. - Avez-vous réellement été confronté aux problèmes que vous imaginiez ?

V. - Non, je me suis pas imaginé vraiment de gros problèmes parce que j’ai toujours été plus ou moins débrouillard, malgré mon handicap. Je ne me suis jamais posé trop de questions en me disant "Mon dieu est-ce que je vais réussir à faire ceci, à faire cela ?", et il n’ y a pas eu de véritables problèmes. Pourtant, j’avais juste une petite appréhension en ce qui concerne l’ascenseur, mais ceux de la Fac sont très accessibles. Je peux accéder à tous les amphis, et toutes les salles de TD. À partir du moment où je peux me rendre au cours, je n’ai aucun besoin.

H. - Comment jugez-vous les structures ?

V. - Les structures, c’est super ! Je peux accéder à absolument tout ! Toutes les salles de TD, tous les amphis, toutes les terrasses, toutes les toilettes. Tout est accessible, cela me facilite la tâche. Même si par exemple dans l’établissement dans lequel j’étais auparavant, aucune structure n’était adaptée, je disposais de l’aide de mes amis. Par exemple, dans les escaliers, c’est eux qui me portaient, j’avais l’habitude, et je savais à qui m’adresser. Je n’avais aucun problème à ce sujet là . Mais là , c’est encore mieux parce que je ne dépends de personne, je peux tout faire seul !

H. - Bénéficiez-vous d’un tuteur ?

V. - Non, je n’ai pas de tuteur. Non, rien du tout ! Quand j’ai rempli mon formulaire d’inscription en première année, on m’a demandé, entre autre, si je voulais un ordinateur ou un tuteur. Je n’ai émis aucune requête. Hormis, que je souhaitais bénéficier du tiers temps et d’une salle adaptée, facilement accessible pour les examens, vu que j’écris plus lentement. C’est bête de perdre des points juste parce que j’écris plus lentement.

H. - On vous a accordé juste le tiers-temps ?

V. - Le tiers-temps et une salle adaptée, c’est tout ce que j’ai demandé, mais cela va ensemble de toute façon. Le reste j’aurais pu le demander et l’obtenir, mais je ne jugeais pas cela nécessaire. Je me suis dit que je pouvais m’en passer. Je n’allais pas faire payer à la Fac un ordinateur alors que j’en possède un qui fonctionne très bien.

H. - Qu’est-ce qui a été mis en place particulièrement pour vous faciliter l’accès à la documentation ?

V. - Dès que j’arrive à la bibliothèque universitaire, le personnel est disponible. Pour les livres sur les étagères, je tape sur l’épaule d’un étudiant, je m’adresse à lui "Dis-moi, peux-tu m’attraper ce livre là -haut ?". Par contre, j’accède seul aux études et à la documentation. Il n’y a aucun souci !

H. - Comment se passe le travail collectif avec les autres étudiants ?

V. - Ça se passe très bien. La Fac c’est comme tout, on rencontre plein de gens, voilà c’est rigolo. Cette année, je me suis mis sérieusement au travail. Il est vrai que pour les sorties, le système de la Fac c’est super parce que c’est toujours très bien organisé. Des évènements sont toujours prévus par-ci, par-là . Je suis une personne très sociable à la base et je n’ai aucun soucis pour aller à la rencontre des autres.

H. - Comment réagit le corps enseignant par rapport à votre handicap ?

V. - Il réagit tout à fait normalement parce que, encore une fois, les amphithéâtres sont accessibles. Dans l’amphithéâtre, je peux m’asseoir partout, parce que je n’ai qu’à me déplacer sur le plan incliné et à choisir ma place. A la Fac, ce n’est pas comme au lycée. Dans une salle de classe, un rapport personnel existe entre l’enseignant et ses élèves. Dans un amphithéâtre parmi la masse d’étudiants, les professeurs me remarquent au loin sur mon fauteuil roulant, mais il savent pertinemment que si j’ai un problème je m’adresserai à eux. Ils me considèrent tout simplement comme un étudiant lambda.

H. - Est-ce qu’ils vous aident plus particulièrement ?

V. - De nombreuses aides étaient à ma disposition, notamment le tutorat. Par exemple, si je ne pouvais pas prendre les cours, les professeurs pouvaient me les donner. Je pouvais également demander à un enseignant de répéter ou de mettre un logiciel sur son micro-ordinateur, pour qu’il m’enregistre le cours sur sa table. Mais je n’ai pas réclamé d’assistances supplémentaires. Je me comporte comme tout le monde, je m’installe et je tape mon cours sur mon ordinateur.

H. - Avez-vous des problèmes pour la prise de notes ?

V. - Non, sur mon ordinateur je saisis les notes à une vitesse normale. Je n’ai ni plus ni moins de difficultés que les autres étudiants.

H. - C’est juste pour écrire que vous avez des problèmes ?

V. - C’est lié à mon handicap, je me suis souvent cassé le bras. C’est la raison pour laquelle j’écris à une vitesse qui est plus faible que la moyenne. Durant les épreuves des examens, en général, on prend son temps, on réfléchit, et on essaye de bien rédiger. Si je n’avais pas le temps pour cela, je perdrais des points bêtement. C’est juste pour cela que j’ai réclamé le tiers-temps, histoire d’être sà »r d’avoir toutes les chances de mon côté.

H. - Quelles relations vous entretenez avec les autres étudiants ?

V. - De très bonnes relations. Tout le monde me connaît parce que je suis un peu celui qui fait le pitre dans l’amphithéâtre et tout le monde rigole avec moi. Je n’ai jamais eu de problème particulier durant ma scolarité avec des camarades, que ce soit à la maternelle, le primaire, le collège, ou le lycée. À la Fac, c’est la même chose.

H. - Connaissez-vous d’autres étudiants handicapés ?

V. - Sur le site de la Fac, j’en croise de temps en temps, mais je n’ai jamais eu vraiment l’occasion de parler avec eux. Dans le cadre de mon handicap, j’ai souvent dà » aller à l’hôpital, où j’ai rencontré des personnes handicapées mais je n’ai jamais eu de relation suivie avec les associations handicap. À la maternelle, j’étais le seul handicapé avec tout le monde autour et cela ne me dérangeait pas. Au final, J’ai beaucoup d’amis qui ne sont pas en situation de handicap et d’autres qui le sont. Je ne fais pas de distinctions. Handicap, pas handicap, pour moi c’est la même chose. Une personne a beau être aimable, si je n’ai pas envie de bavarder avec elle, quelque soit sa situation, je ne vais pas lui adresser la parole.

H. - Comment se passe votre intégration ?

V. - Mon intégration se passe très bien. J’ai repris mes bonnes habitudes de l’année dernière. On arrive à la Fac, on prend son café, on s’installe, on se repose, on va en cours, on prend le cours, après on peut venir plus tôt à la Fac. Je suis rodé maintenant, je connais à peu près tout. Je sais à quels endroits je peux étudier, comme la bibliothèque universitaire. Quand des salles sont ouvertes, je demande aux appariteurs en bas si je peux aller y travailler. Même l’année dernière, quand c’était ma première première année, je n’avais aucun problème, j’ai toujours été un débrouillard et encore une fois, c’est très bien indiqué.

H. - Pensez-vous que certaines choses sont à améliorer pour les personnes handicapées ?

V. - Dans un des amphithéâtres, l’accès à un endroit est bloqué par des marches. Du coup, je suis contraint de faire le tour. Bon ! C’est long de faire le tour, mais pour y accéder je vais prendre le temps de faire le tour. Je descends, je passe par l’autre bâtiment, je reprends l’autre ascenseur, je me fais un peu des labyrinthes tout seul dans la Fac, c’est rigolo. Cela ne me pose aucun problème, parce que je suis débrouillard et que j’ai toujours eu l’habitude de procéder ainsi. Par contre pour des personnes qui ont un handicap plus lourd, il faudrait peut-être construire, à cet endroit un plan incliné. Hier, je suis allé à la Fac d’un de mes amis, et l’établissement m’était difficilement accessible. Il y avait des marches de partout, que ce soit pour se rendre aux amphithéâtres, aux cours, ou au patio. Alors qu’ici, c’est tout plat, il y a des ascenseurs, et je peux vraiment me débrouiller tout seul. Cette Fac est très bien faite !

H. - Bénéficiez-vous d’une aide financière ?

V. - Non, je ne suis pas boursier. Je vis chez mes parents qui sont médecins, je ne bénéficie pas d’aides financières particulières. Je bénéficie de l’AAH (l’Allocation Adulte Handicapé). Cela me sert à payer mes sorties, mes vacances, ou certains frais. J’ai acheté mon ordinateur grâce à l’argent que j’ai économisé avec l’AAH. Le site de la Canebière ne fait que les trois premières années de droit, ensuite, les étudiants sont obligés de poursuivre leurs études à Aix. Quand je serai à Aix, c’est moi qui devrait me payer mon loyer, et je le ferai avec l’Allocation Adulte Handicapé. Je ne savais même pas que je pouvais en bénéficier. Le jour de mes 18 ans, ma mère est venue me voir en me disant "Tiens au fait, tu bénéficies de l’AAH". C’est bien, j’étais content.

H. - Et dans le cadre de la Fac, quels spécialistes professionnels vous assistent ?

V. - Et bien, il y a Mr Trifilio qui est venu me voir le jour des inscriptions et qui m’a un peu expliqué les projets, ce qui était mis en place, et ce dont j’avais besoin. Mais, je n’ai pas besoin qu’une personne m’assiste au jour le jour, ou en particulier. Par contre, je sais à qui m’adresser si j’ai besoin de quelque chose.

H. - Et si vous en avez besoin, quelle personne vous devez aller voir ?

V. - Si jamais j’ai des besoins dans le cadre purement scolaire, j’irai voir comme tout le monde, Mme Delorges, c’est un peu le grand manitou de la Fac. Et sinon, si j’ai des problèmes par rapport à mon handicap il y a le bureau de la cellule handicap et je pourrais aller voir Mr Trifilio ou même j’ai le numéro de Magali Ferrer, qui je s’occupe également de la cellule handicap et qui est remplacée au premier semestre par Mr Trifilio.

H. - Êtes-vous satisfait globalement de l’aide dont vous avez bénéficié et notamment au moment des inscriptions ?

V. - L’aide aux personnes, c’est bien fait. Je trouve que c’est bien établi. Ce n’est pas moi qui ai dà » faire le cheminement au moment où je me suis inscrit. Là , c’est eux qui m’ont pris en charge et ils m’ont dit "Si jamais tu as un problème pour ça, viens ici", et ils m’ont tout bien expliqué, ils m’ont bien tenu par la main. Je trouve que c’est un système qui marche bien.

H. - Comment s’organisent les épreuves d’examen ?

V. - Je suis avec toutes les autres personnes qui ont le tiers-temps. En moyenne aux deux semestres, on a été 5/6 à être en tiers-temps. Les autres étudiants handicapés, c’est peut être pour des problèmes de concentration qu’ils bénéficient d’un tiers-temps. Les étudiants valides passent leurs examens dans les amphithéâtres, alors que nous, nous les passons dans les salles de TD sous le regard d’un surveillant. On a les mêmes sujets qu’eux, mais avec un tiers du temps en plus.

H. - C’est vraiment un tiers du temps ou c’est plus souple ?

V. - Ah non ! c’est un tiers du temps. Déjà un tiers du temps, par exemple pour une épreuve de trois heures, ça nous donne quand même une heure en plus, donc rien que ça on a le temps de faire largement ce qu’il faut. Bon, pas si le professeur s’est déchaîné et qu’il nous a donné un truc à faire en 7 heures, mais sinon la plupart du temps on y arrive quand même.

H. - Et comment les autres étudiants jugent le fait que vous bénéficiez d’un tiers du temps supplémentaire ?

V. - Ils trouvent cela normal. Les autres étudiants ne comprennent pas toujours tout, parce qu’ils ne sont pas en situation de handicap, ils ont tendance à comparer les handicaps en fait, et ils me disent "Oui, mais telle personne...", genre, "elle est moins handicapée que toi et on lui a donné un ordinateur, on lui a donné ceci, on lui a donné cela. Et pourquoi toi, tu ne l’as pas eu ?", je leur dis "Parce que je n’en avais pas spécialement besoin". Les autres étudiants ont un avis extérieur là -dessus et comme c’est mes amis, j’essaye de leur expliquer. Mais bon ! C’est toujours le même problème qu’on rencontre dans ce type de situation, la volonté de certains de toujours vouloir comparer les handicaps, alors qu’il n’y a pas de comparaison à faire.
Je n’ai pas jugé nécessaire d’avoir un tuteur, ou qu’on me donne les cours, ou qu’on me donne un ordinateur, j’ai juste demandé ce dont j’avais besoin, c’est à dire le tiers-temps. Mais il y a des personnes qui peuvent avoir en apparence un handicap qu’on pourrait qualifier de moins lourd. Ce sont des personnes que l’on croise dans la rue sans se douter qu’elles sont handicapées. Si une de ces personnes juge nécessaire pour réussir son année qu’on lui donne tous les cours et un ordinateur, je lui dis "il n’y a aucun soucis. On peut te le donner, si tu peux en bénéficier, fais-le." Pour ma part, je ne pense pas en avoir besoin.

H. - Comment envisagez-vous votre avenir professionnel par rapport à votre handicap ?

V. - Je ne vois pas de gros soucis. Par exemple, cet été, dans le cadre de ma première année de droit, j’ai dà » faire un stage en entreprise que j’ai réalisé dans un cabinet d’avocats. Je n’ai rencontré aucun problème, que ce soit pour me promener dans les locaux, pour apporter les dossiers, ou pour chercher un dossier dans les archives. Quand je désirais quelque chose en particulier, je m’adressais à une secrétaire afin qu’elle me prenne le dossier qui était tout là -haut. D’autant plus que ce n’est pas le premier stage que j’effectuais. Tous les stages que j’ai accompli dans d’autres entreprises, m’ont prouvé que j’aurais une vie professionnelle comme les autres. Je n’aurais aucun souci. De temps en temps, une personne de petite taille ou qui a mal au dos demande de l’aide aux autres. Je suis dans une situation analogue, de temps en temps je demanderai de l’aide aux autres. Mais à part cela, j’envisage mon parcours professionnel tout à fait normalement.

H. - Est-ce qu’ils vous ont demandé des certificats médicaux ?

V. - Non, ils m’ont demandé exactement les mêmes papiers que pour les autres étudiants. Ils m’ont dit "Vous êtes en Fac de droit ?", j’ai dit "Oui, par contre je suis en situation de handicap, est-ce que ça pose un problème ?" ils m’ont dit "Non, pas du tout". Normalement, tous les locaux doivent être adaptés, les lois en vigueur l’exigent. Par exemple, dans ce cabinet d’avocat, les locaux étaient adaptés, mais pas parce qu’une personne handicapée y travaillait. De toute façon, toutes les institutions : les cabinets d’avocats, les hôpitaux, les cabinets de notaires et de comptables doivent posséder des locaux adaptés aux personnes handicapées ou aux personnes du troisième âge. Une personne âgée qui désire rencontrer un avocat qui est au 3ème étage d’un établissement sans ascenseur, renoncera à prendre un rendez-vous. Elle se dirigera plutôt vers celui du rez-de-chaussée parce qu’il est accessible. C’est la raison pour laquelle, tous les cabinets d’avocats sont adaptés.

H. - Donc, vous ne faites pas parti d’une association ?

V. - Je ne suis pas membre d’une association pour le handicap. Par contre, j’ai déjà fait du ping pong dans le cadre d’une association handicap. Depuis que je suis gamin, je ne sais pas si c’est pour me protéger ou me dire que je suis comme les autres, je fais tout pareil que tout le monde. Par exemple, j’ai fait de la natation pendant 9 ans dans un club classique qui ne s’adresse pas aux personnes handicapées en particulier. J’ai pratiqué le tennis pendant 8 ans, je l’ai exercé avec un professeur valide et qui me faisait bosser, comme un professeur ordinaire. J’ai fait du théâtre avec des personnes qui n’étaient pas en situation de handicap. J’ai fait plein de choses. Aujourd’hui, je suis dans un groupe de musique et j’y suis parce que j’aime la musique et non parce que je suis en situation de handicap.

H. - De quel instrument jouez-vous ?

V. - Ah, moi je ne joue pas ! Moi, je chante ! Mais voilà , on a fait un groupe de musique. On est 5, avec 4 potes on joue, on fait des concerts par-ci et par-là , et j’adore ça. Je tiens à préciser encore une fois, que je n’ai jamais réellement fait parti, avec toute l’implication que cela exige, d’une association handicap. Bien que parfois, je ne puisse pas tout faire comme tout le monde, et que je sollicite l’appui des autres, je me dis que je pourrais toujours me débrouiller avec ma tête, et je ne ressens pas la nécessité d’une assistance particulière. Par contre, j’ai envie de dire je fais comme tout le monde, quand je vois une mémé qui a du mal à traverser la rue, je la prends par la main, elle me regarde bizarrement et je lui dis "je vous aide à traverser". Je suis comme tout le monde, et je n’ai jamais été vraiment impliqué dans ces associations étudiantes.

H. - Êtes-vous sollicité ?

V. - Non, Je ne suis plus sollicité depuis que je suis à la Fac. Dans mon ancienne école, la directrice a toujours voulu que je sois un élève comme les autres. Elle m’a dit : "Si jamais tu réussis ce sera grâce à toi, si jamais tu as des échecs ce sera à cause de toi, et ce n’est pas parce que tu es en fauteuil". Elle a raison, parce qu’au final dans les études, le plus important c’est la tête. De ce fait, j’ai toujours bossé. Mes grands-parents, mes parents, cette directrice m’ont aidé à me forger une forte personnalité, en me répétant sans cesse que je pourrais toujours me débrouiller tout seul ou avec une aide humaine spécifique. Mais j’ai des amis en situation de handicap qui sont dans des associations qui les aident à aller de l’avant. Rien que pour cela, je trouve que c’est génial qu’elles existent. Pour ma part, je n’en éprouve pas le besoin.

H. - Quel sport pratiquez-vous actuellement ?

V. - Actuellement, j’ai arrêté le tennis. Je ne fais presque plus de sport. A un moment donné, j’ai aussi fait du basket, mais rien de très précis. En ce moment, j’ai envie de m’y remettre parce que lorsque je regarde le tennis à la télé, ça me prend comme ça ! Je n’en peux plus !

H. - Avez-vous quelque chose d’autre à rajouter ?

V. - Non, rien de particulier à part que j’ai pris du poids et il faut que je me remette au tennis.

La maladie des Os de verre est un groupe de maladies caractérisées par une fragilité osseuse excessive, due à un défaut congénital d’élaboration des fibres collagènes du tissu conjonctif qui forme la trame de l’os.


Vous avez trouvé cet article intéressant ou utile, votez :

Le magazine > Témoignages

Prendre soin du corps c'est prendre soin de la personne

Prendre soin du corps c’est prendre soin de la personne

Marie est infirmière à Marseille en chirurgie orthopédique. Elle accompagne les patients avant et après leurs interventions chirurgicales qui, après un grave accident, peuvent les laisser handicapés.Son travail quotidien est basé sur le rapport au (...)

Occulter son corps, une question de survie

Occulter son corps, une question de survie

« C’est compliqué pour moi parce que je n’ai pas l’habitude de parler de mon corps. Je m’en fous de parler de mon corps. On m’a appris à m’en foutre et c’est ce que je fais. J’ai toujours entendu que je n’étais pas belle à regarder, que j’étais une (...)

Réfléxion en mouvement sur le corps handicapé

Réfléxion en mouvement sur le corps handicapé

Irène est éducatrice spécialisée dans un institut, elle s’occupe de jeunes enfants atteints d’infirmité motrice cérébrale.Le rapport au corps dans son travail fait partie de son quotidien. Il se retrouve tant dans la pratique que dans les questionnements (...)

A la recherche du temps perdu

A la recherche du temps perdu

"Plonger dans sa mémoire et ses souvenirs vous donne le sentiment d’être en vie", nous dit René Daumas. Cet homme âgé de 90 ans vit seul depuis le décès de son épouse il y a 6 ans. Été comme hiver, immergé dans ses lectures, ses souvenirs ou des films de (...)

Quand les vacances ne sont plus qu'un souvenir

Quand les vacances ne sont plus qu’un souvenir

Aide à domicile depuis 7 ans, Joëlle ne prend pas de vacances cet été, en effet le travail ne manque pas ! Elle nous brosse un tableau plutôt sombre des vacances à domicile que passent les personnes âgée et/ou en situation de handicap chez qui elle (...)

Vacances ou lutte contre l'ennui ?

Vacances ou lutte contre l’ennui ?

Pas facile de lutter contre l’ennui quand on ne part pas en vacances. Thomas essaie au maximum de sortir voir ses amis et de faire des activités de loisirs, mais les occasions sont rares notamment à cause de la distance. Pourtant, échanger, (...)

Une vie de couple bouleversée par un accident

Une vie de couple bouleversée par un accident

"Il s’est mis dans la peau de la victime et ça a été très dur à gérer. Il s’est senti un peu mis à l’écart d’une vie sociale et professionnelle. Et ça a été difficile pour nous parce qu’il passait par des moments d’abattement, de révolte qui retombaient sur (...)

Laissez nous nous aimer !

Laissez nous nous aimer !

Handicap ou pas, Isabelle et David se sont plu tout de suite. "Il aurait marché cela ne m’aurait pas dérangé" lance t-elle avec humour. En neuf ans de relation, ils ont appris à s’aimer de plus en plus, de mieux en mieux, à être à l’écoute l’un de (...)

On ne voit bien qu'avec le coeur...

On ne voit bien qu’avec le coeur...

"On ne voit bien qu’avec le cœur, l’essentiel est invisible pour les yeux." Patrick et Marguerite sont d’emblée touchés l’un par l’autre, pas besoin d’en passer par un jeu de séduction. Si leur situation de handicap commune a favorisé leur rencontre et (...)

Vivre ensemble, rien de plus

Vivre ensemble, rien de plus

En couple depuis sept ans, Céline et Yonathan souhaitent à tout le monde le bonheur de s’aimer comme ils s’aiment. L’un à Nancy, l’autre à Marseille, la relation à distance finit par leur peser, bien plus que leur handicap qui paraît lourd à leur (...)

Commentez cet article
avec facebook
Creative Commons License handimarseille.fr, le portail du handicap à Marseille (www.handimarseille.fr), développé par Résurgences, est mis à disposition selon les termes de la licence Creative Commons : Paternité-Pas d’Utilisation Commerciale-Pas de Modification 2.0 France.
Mentions légales   |   Bannières et vignettes Plan du site
Site propulsé par l'Atelier du code et du data, chantier d'insertion numérique