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Pérégrinations d’un jeune psychologue

En quête d’emploi dans les allées du forum emploi handicap.

Titulaire d’un Master de psychologie et d’une reconnaissance de travailleur handicapé en poche, Rémi parcourt le forum pour l’emploi des personnes handicapées. Sans illusion particulière, il n’est pourtant pas de ceux qui se désarment et c’est avec le sens du réalisme qu’il nous brosse le portrait d’un demandeur d’emploi en fauteuil roulant. Tout auréolé qu’il est de son bac+5, il n’en trouve pas moins sur son chemin certaines réticences et c’est avec prudence et de préférence en fin d’entretien téléphonique qu’il fait état de son handicap...

H. - Pouvez vous vous présenter ?

Rémi Beauverger. - Je suis Rémi Beauverger, je suis titulaire d’un Master de psychologie clinique, niveau bac + 5, et je cherche actuellement un emploi dans divers secteurs et pour différents publics : les personnes âgées, les adolescents, les adultes en hôpitaux.

H. - Quel handicap avez-vous ?

R. - J’ai une IMC, Infirme moteur cérébrales. J’ai principalement des atteintes motrices mais aussi des atteintes associées, c’est à dire spatio-temporelles et des problèmes aussi de traitement de l’information qui peuvent être très largement détourner si l’on fait beaucoup d’effort. J’ai tout de même un bac + 5 comme je vous disais tout à l’heure.

H. - Qu’êtes-vous venus chercher en particulier dans ce forum ?

R. - Je suis venu chercher d’une part un emploi, puisque c’est le forum de l’emploi, et d’autre part aussi un moyen de créer ou de recréer un tissu relationnel qui est valable aussi bien pour les personnes handicapées physiques que pour les personnes valides. Voilà , c’est les deux points cruciaux pour lesquels je suis venu.

H. - Connaissez-vous l’ensemble des partenaires ici présents, et qui œuvrent pour l’emploi des personnes handicapées ?

R. - Je ne connais pas l’ensemble des partenaires mais j’en connais quand même beaucoup comme la MDPH, l’AGEPHIP, CAP EMPLOI.

H. - Dans quelles circonstances avez-vous déjà été en relation avec ces organismes ?

R. - CAP EMPLOI, je les connais puisque c’est Pà”LE EMPLOI qui m’a orienté vers eux une fois que j’ai été inscrit comme demandeur d’emploi.

H. - Cela s’est-il fait rapidement ?

R. - Ça a été le parcours du combattant à dire vrai. Comme je suis dépendant du secteur de Marseille, il fallait être inscrit à Pà”LE EMPLOI pour être ensuite inscrit à CAP EMPLOI. Du coup, je n’ai pas pu obtenir de rendez-vous avec CAP EMPLOI avant trois mois. Cela a été compliqué et long. En fait, j’ai rendez vous ce jeudi alors que j’ai fait ma demande depuis le mois de juin. C’est vraiment très très compliqué ! Quant à la MDPH par exemple je suis en relation avec elle parce que j’ai une reconnaissance de travailleur handicapé ; une AAH et aussi une ACTP (Allocation Compensatrice pour une Tierce Personne). La MDPH s’occupant de tout, j’ai eu à faire à elle très jeune même si avant elle ne s’appelait pas la MDPH.

H. - Depuis quand êtes-vous en en recherche d’emploi ?

R. - Depuis le mois de juin de cette année.

H. - Quels types de postes visez vous ?

R. - Je recherche en tant que psychologue dans les maison de retraite et les institutions comme les centre de réadaptation, les centres pour adolescents, les espaces pour les jeunes.

H. - Concernant ce forum pour l’emploi des personnes handicapées, pensez-vous que ce genre d’initiatives fasse progresser l’embauche des personnes handicapées par les entreprises ?

R. - Oui, ça serait malhonnête de ma part de ne pas le souligner effectivement. Néanmoins, je pense que ce genre de manifestation devrait avoir lieu plus souvent. Sur le principe évidemment c’est positif puisque cela favorise les relations entre les personnes.

H. - Dans votre recherche d’emploi, mettez-vous en avant le fait que vous êtes un travailleur handicapé ?

R. - Parfois oui, parfois non. Quand on se dirige sur les sites internet concernant les personnes handicapées, parfois il est conseillé de le stipuler et parfois il est conseillé de ne pas le stipuler directement. C’est aléatoire, mais en général, je le précise puisque je dis que j’ai une reconnaissance de travailleur handicapé une RQTH. Quand je le précise, c’est à la fin de l’entretien essentiellement téléphonique puisque je n’ai pas encore eu de contact direct.

H. - Comment ressentez-vous la réaction de la personne à ce moment là  ?

R. - Depuis que j’ai pris l’habitude de le dire à la fin, la réaction de la personne est beaucoup plus extraverti, c’est à dire qu’elle est beaucoup moins renfermé. Alors qu’au début j’avais pris l’habitude de le dire d’emblée, ne serait ce que pour la recherche de stage dans mon cursus universitaires, la personne me disait que malheureusement elle ne peut pas recevoir une personne en stage ou une personnes handicapée qui cherche un travail. Alors que si on le dit à la fin de la communication, le contact humain est déjà établi, donc la perception pour l’interlocuteur est différente.

H. - Vous l’a t-on conseillé ?

R. - On-me l’a conseillé, mais s’est venu aussi par expérience. En fait, c’est une conjonction de ces deux facteurs là .

H. - Selon vous, quel regard portent les entreprises sur les personnes handicapées ?

R. - Celles qui sont ici portent un regard relativement confiant sinon elles ne seraient pas là . Maintenant l’ensemble des entreprises, elles sont réticentes, il ne faut pas "se voiler la face". Elles sont réticentes si le handicap est malheureusement trop visible. C’est à dire que si il manque une main et que cela ne nécessite pas d’aménagement conséquent, c’est une chose qui leur sera envisageable. Par contre, pour une personne qui arrive en fauteuil électrique ou en fauteuil manuel, les entreprises ne peuvent pas ou ne veulent pas faire les adaptations nécessaires.

H. - Pensez-vous que par rapport à votre handicap il y ait une nécessité d’aménagement de poste ?

R. - Oui, ça peut être le cas effectivement. Si le bâtiment est à l’étage, il faut qu’il y ait un ascenseur ou alors il faut qu’il y ait des rampes d’accès. Par ailleurs, il se peut que le bâtiment soit totalement accessible à l’intérieur mais qu’à l’extérieur il y ait deux marches qui m’empêchent d’y rentrer. A ce moment là , il faut donc un certain nombre d’aménagements, si l’accessibilité n’a pas été prévue au préalable. Maintenant si cela ne requiert pas un aménagement spécifique, un ascenseur et deux rampes d’accès ça me suffit.

H. - Et au niveau du poste de travail ?

R. - Je peux travailler à plein temps. Mais ce sont les aléas administratifs qui vont faire qu’on va perdre ou gagner en fonction de l’AAH (Allocation Adulte Handicapé). Mais en tout cas, moi, je peux travailler à plein temps.

H. - Avez vous déjà reçu des refus de par de votre handicap ?

R. - Écoutez à dire vrai oui puisque j’ai fait une demande d’embauche au ministère de la justice qui m’a demandé de remplir un dossier. Quinze jours plus tard, j’ai reçu une réponse qui stipulait que parfois ils embauchaient des psychologues et parfois des personnes handicapées mais en gros ils m’ont fait comprendre que des personnes handicapées psychologues, ils n’embauchaient pas.

H. - Cela s’est-il fait par écrit ?

R. - Oui, d’ailleurs je leur ai répondu que cela pouvait être considéré comme discriminatoire et je n’ai pas eu de réponses.

H. - Que pensez-vous de l’obligation d’emploi des personnes handicapées ?

R. - C’est une bonne mesure, mais il faudrait revoir les grands textes administratifs, puisque parfois il est plus intéressant de rester chez soi et faire du bénévolat que de travailler.

H. - Est ce lié aux aides ?

R. - Oui, c’est lié aux aides que fournit l’État. Pour moi cela est amplement corrélé.

H. - Donc, pour vous les aides aux personnes, c’est un frein à l’emploi ?

R. - Oui, En tout cas de la manière dont elles sont allouées et non de la manière dont on les perçoit. Si on peut les perdre, ça peut être un frein parce que on ne peut pas cumuler l’AAH avec un salaire.

H. - Percevez-vous l’AAH à taux plein ?

R. - Oui, pour le moment. Par contre, si je trouve un emploi mon AAH sera diminuée. Par conséquent, je ne pourrais pas cumuler l’AAH avec mon salaire.

H. - Est-ce que vous recherchez un emploi à temps complet ?

R. - Oui, dans l’idéal c’est ce que je recherche, mais il faut comprendre que comme je suis une personne à mobilité réduite, cela demande une organisation particulière.

H. - Que pensez-vous de la politique de l’entreprise à l’égard des personnes handicapées ?

R. - Au risque de déborder un petit peu, une des solutions serait d’ouvrir plus aisément le parcours scolaire et universitaires aux personnes atteintes de handicaps physiques. Aujourd’hui, on demande des diplômes, on demande des personnes formées, mais la personne handicapée n’a pas accès au savoir comme la personne valide. Il n’est pas forcément nécessaire que les personnes rejoignent l’intégration scolaire du monde classique mais si ce n’est pas possible, qu’au moins il y ait des solutions alternatives qui permettent d’arriver au même point que quelqu’un qui est passé par un circuit classique. Voilà , c’est en amont qu’il faut agir pour une vrai égalité des chances.

H. - Je vous remercie.


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