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Visite guidée de La Chrysalide.

Vie quotidienne en ESAT en compagnie d’une monitrice d’atelier

L’archipel des ESAT souffrirait-il d’isolement ? Admissions au compte-gouttes par manque de places disponibles, rares sorties en milieu ordinaire de travail avec des employeurs peu enclins à embaucher des candidats au profil particulier. Certaines entreprises préférant voir dans ces établissements une simple et avantageuse opportunité de sous-traitance...
Une réalité pouvant en cacher une autre, c’est en poussant la porte de l’une de ces structures que nous y découvrons un personnel d’encadrement passionné et imaginatif, soucieux d’une pédagogie adaptée à chacun, de la transmission des savoirs et s’investissant chaque jour pleinement dans leur mission.

Handimarseille : Pouvez-vous commencer par vous présenter ?

Isabelle Bartosse : Je m’appelle Isabelle Bartosse, je travaille depuis douze ans à la Chrysalide en tant que monitrice d’atelier et j’ai trente-huit ans.

H : Quelle est votre formation ?

I.B : À la base, j’ai travaillé quelques années dans le façonnage et tout ce qui est arts graphiques, pendant cinq, six ans. Ensuite je suis rentrée à la Chrysalide en tant que moniteur d’atelier. J’ai eu un bac professionnel de comptabilité qui n’avait rien à voir avec le façonnage. Je suis rentrée en usine, j’ai travaillé cinq ans, j’ai eu une formation sur les machines en imprimerie, sur tout ce qui était façonnage de papier, découpe... Et de là je suis rentrée à la Chrysalide où je suis monitrice d’atelier. J’ai fait plusieurs ateliers au sein de l’établissement : du façonnage, de la découpe, du collage, du routage, du conditionnement et j’ai amené des personnes handicapées en chantier extérieur aussi...

H : Pouvez-vous nous dire ce qu’est un ESAT ?

I.B : Un ESAT est un établissement de service et d’aide par le travail, qui va faire travailler des personnes déficientes intellectuelles, mentales, afin de les amener à une autonomie pour pouvoir travailler à l’extérieur. En général, les personnes restent quand même plusieurs années en ESAT et ont des difficultés à trouver un emploi à l’extérieur, de par leur déficience. L’ESAT est une passerelle pour aller vers le monde extérieur, le monde de l’entreprise.

H : Quelles sont les activités spécifiques de la Chrysalide ?

I.B : À la Chrysalide on a des ateliers avec des tâches assez simples et d’autres avec des tâches très techniques comme l’imprimerie. Nous disposons d’un atelier de blanchisserie, un autre dans le secteur de la métallurgie... On exerce différents métiers... Il y a également des chantiers en entreprise où des équipes effectuent du nettoyage, de l’archivage, de la saisie informatique, de l’entretien de jardins, d’espaces verts...

H : Combien de personnes encadrez-vous ?

I.B : Sur mon atelier, j’encadre entre vingt et vingt-cinq personnes et je travaille souvent en binôme avec un autre moniteur d’atelier. Dans les ateliers on dispose d’un moniteur pour dix personnes. Plus l’activité est technique, plus il y a besoin d’encadrement. Sur l’extérieur on peut avoir des équipes de cinq personnes encadrées par un seul moniteur.

H : Vos ateliers sont-ils adaptés à tous les handicaps ?

I.B : En général, adapter nos ateliers au type de handicap qu’on accueille fait partie de notre travail. Mon atelier n’est pas adapté pour un mal-voyant par exemple, mais il est adapté pour une personne déficiente. Ils ont la possibilité d’avoir des sièges ergonomiques et des tables adaptées à leur hauteur, enfin on essaye d’adapter les travaux sur les machines à leurs déficiences. On travaille parfois avec des ergonomes qui s’occupent de cette partie-là . On a une psychomotricienne aussi qui est là pour travailler en partenariat avec le moniteur d’atelier, afin d’adapter au mieux l’équipement de l’ESAT.

H : Quels organismes orientent les personnes handicapées vers votre centre de formation ?

I.B : La MDPH, on travaille aussi beaucoup avec les Instituts médico-éducatifs (IME). Ce sont des écoles qui forment au départ les personnes déficientes et qui nous les dirigent ici en stage. À l’âge de vingt ans, on peut décider ou pas de les embaucher. Elles sont aussi dirigées par Pôle emploi adapté, par toutes les structures qui travaillent autour du handicap, qui nous envoient des personnes que l’on prend en stage en général et si on a des possibilités de place, on les embauche au cas où elles donnent satisfaction car en ESAT nous sommes aussi dans un système où nous vendons notre production à nos clients...

H : Votre activité doit-elle être nécessairement rentable ?

I.B : Pas nécessairement.

H : Quels sont les critères d’admission en ESAT ?

I.B : Nous effectuons des stages et des mises à l’essai pour les personnes qui rentrent et qui doivent voir le psychologue de l’établissement, ensuite tout est examiné en équipe.

H : Avez-vous souvent des postes libres ?

I.B : Notre ESAT accueille cent vingt personnes pour cent vingt places, on ne peut pas prendre une personne de plus, quand il y a un départ en retraite on fait un remplacement. Il y a une énorme liste d’attente pour rentrer en ESAT et si on embauche trois ou quatre personnes par an, c’est le bout du monde...

H : Quelle est la durée des formations que vous dispensez ?

I.B : C’est une formation permanente puisqu’une personne qui rentre en ESAT a forcément une évolution en fonction de ce que l’on va lui apprendre. Un jeune qui rentre ne va pas forcément savoir faire fonctionner une machine, seulement au bout de quelques mois ou quelques années il va savoir le faire et l’on va alors passer à une autre formation. C’est tout au long de la vie que l’on apprend en ESAT. Une personne peut y rentrer à vingt ans et en sortir à soixante ans...

H : Cela concerne beaucoup de personnes ?

I.B : C’est la majorité, le but c’est l’autonomie pour aller vers l’extérieur, mais le souci c’est que c’est rarement possible. On doit faire sortir une personne en entreprise tous les deux ans, donc toutes les autres restent pratiquement à vie sur l’ESAT. Certaines changent peut-être d’établissements, mais elles restent sur un ESAT, donc l’apprentissage s’effectue tout au long de la vie...

H : Justement comment se passe la transmission du savoir ?

I.B : La transmission du savoir est essentiellement faite par le moniteur d’atelier qui a lui-même, une connaissance professionnelle du métier. On a un atelier de sérigraphie par exemple sur ce centre, c’est réellement un métier où on apprend à faire fonctionner les machines, on apprend ce que c’est que le calage, ce que sont les couleurs. Donc c’est le moniteur d’atelier qui est en charge de cette partie-là et qui la transmet, en s’adaptant à la déficience de la personne.

H : Quels outils pédagogiques utilisez-vous ?

I.B : On peut utiliser tous les outils disponibles, on a beaucoup de gabarits, par exemple pour les personnes qui ont des difficultés pour compter, par exemple en conditionnement on doit faire un carton où on doit mettre dix savons, eh bien on va fabriquer un gabarit avec des cases pour rentrer dix savons dans les cases pour pouvoir les mettre ensuite dans le carton et voilà , c’est un peu du bricolage. En fait le moniteur d’atelier doit trouver pour chaque personne l’outil le plus adapté pour lui apprendre.

H : Comment s’effectue la validation des savoirs ?

I.B : La validation des savoirs est une évaluation en interne, chaque atelier a ses grilles d’évaluation. Tout au long de l’année et en fin d’apprentissage, on évalue la capacité des personnes à faire telle ou telle tâche. On n’a pas de formations diplômantes qui peuvent vraiment valider un apprentissage. Ça vient, il y a des VAE qui se mettent en place petit à petit pour les personnes déficientes, mais ce n’est pas évident et on ne peut pas les mettre en place pour tout le monde non plus, seulement sur certains métiers... En cuisine ça va peut-être venir parce que c’est vrai qu’il y a des CAP qui sont peut-être à la portée de certaines personnes.

H : Quels ont été les débouchés des personnes qui ont réussi à sortir ?

I.B : On a une personne qui a travaillé pendant des années au restaurant d’application que l’on a. Il a trouvé un emploi dans la restauration, il a réussi à trouver une entreprise qui a accepté de le prendre. Sinon on a une personne qui a travaillé un moment en conditionnement à Décathlon, qui est sortie d’ici. Ce n’est pas évident du tout, c’est très rare et ça ne s’est pas très très bien passé, il a fait un retour en atelier protégé. Au départ c’est vrai que les patrons acceptent, parce qu’il y a des charges en moins, parce qu’il y a des avantages et puis au bout d’un certain moment ils se rendent compte qu’il faut quand même un suivi avec ces personnes et qu’ils n’ont pas forcément le temps de s’en occuper ! Avec la Chrysalide, on a aussi des ateliers hors les murs, c’est-à-dire que les personnes sont envoyées directement en entreprise, donc elles ont un suivi par l’équipe de L’ESAT hors les murs et on arrive à faire travailler des personnes dans des entreprises et à les intégrer, voilà ! Donc souvent, quand on sort de l’ESAT c’est pour aller vers l’ESAT hors les murs et celui-ci essaye de se charger de la partie insertion en entreprise...

H : Quels sont les événements qui vous ont le plus marqué dans le cadre de votre travail ?

I.B : Ce sont les réussites. Quand j’ai un jeune qui arrive à vingt ans un peu immature, qui est là, qui ne sait pas trop ce qu’il va faire de sa vie et qui regarde les filles, on se dit qu’on ne va jamais rien arriver à en faire. Et puis au final, cinq ou six ans plus tard, cette personne est en entreprise. J’ai l’exemple d’un jeune qui est arrivé comme ça tout fou, qui ne savait pas faire grand-chose et petit à petit on l’a formé en atelier. Il est maintenant garde-barrière dans une entreprise, donc voilà , c’est toutes ces réussites, ces chemins de vie des personnes que l’on suit, c’est ce qui est marquant...

H : Y a-t-il des aspects difficiles ?

I.B : Oui, du côté de la production. En ESAT, on n’a pas autant d’aides, de subventions qu’il faudrait. On doit quand même avoir un rendu, gagner un petit peu d’argent pour pouvoir payer justement les matières premières, les machines, investir dans du matériel et parfois c’est assez pesant dans ce métier où on a d’une part un côté social, où on doit vraiment être avec les personnes, les encourager à travailler, avoir des apprentissages et de l’autre ce côté avec une pression au niveau de la production et du client qu’on a au bout du fil et qui veut son produit. C’est ce qui est assez difficile dans ce métier, arriver à avoir un équilibre entre la production et le social.

H : Combien d’heures de travail sont effectuées par les personnes qui sont en ESAT ?

I.B : Les personnes qui sont en ESAT travaillent sur la base de trente-cinq heures, mais elles n’en font que trente-deux. Des heures de soutien sont effectuées en complément, par exemple avec la psychomotricienne qui les oriente vers des activités comme la marche, la piscine, la relaxation, des activités pour les aider à se sentir mieux, à se relaxer, à se développer physiquement...

H : Avez-vous quelque chose à rajouter ?

I.B : Non... juste que c’est un métier passionnant, moniteur d’atelier, malgré les difficultés. C’est quand même un métier très polyvalent et qui est très valorisant et enrichissant. Tous les jours, voir les sourires des personnes qu’on accueille, c’est la récompense du labeur. Voilà !

H : Merci.


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